mardi 30 septembre 2014

Deux mille milliards

C'est officiel : la dette de la France vient de dépasser les 2000 milliards d'euros au trimestre dernier. On en est à 95 % et quelques du revenu annuel, mais le chiffre brut est plus impressionnant.

On n'en est pas encore à 100%, comme 7 pays de la zone euro, par ordre d'ancienneté à ce niveau : Italie, Grèce, Irlande, Portugal, Belgique, Chypre et Espagne (bientôt) ! Sans oublier les USA évidemment qui s'en foutent à cause du (ou grâce au) dollar-roi, leur dette est à soixante mille milliards de dollars. On est loin de cette petite ville de Maastricht où le seuil de 60% était considéré à l'époque comme un maximum mais la crise est passée par là, même en Allemagne qui en est à 76%.

Le problème d'une dette est qu'il faut la rembourser ou se déclarer en faillite. Pour la rembourser, on peut étaler les remboursements et négocier, ou ré-emprunter pour rembourser la dette passée. Ce qui n'est paradoxalement pas une trop mauvaise chose puisque la France actuellement emprunte à des taux historiquement bas, qui frôlent le zéro ou sont même en-dessous pour certains types d'emprunts. Tous les emprunteurs le savent, on peut racheter un ancien emprunt à un taux plus favorable et donc gagner de l'argent et se désendetter, par un effet mécanique.

Ce fameux ratio est calculé simplement en divisant la dette publique d'un Etat par son PIB, tous les trimestres par exemple. Si le PIB n'augmente pas - parce qu'il y a crise ou très peu de croissance - alors toute augmentation brute de la dette fait bondir ce ratio. Comme dans beaucoup de cas en économie, il vaut mieux regarder les chiffres bruts et deux mille milliards est un chiffre impressionnant. Pour mémoire, pendant l'ère Sarkozy la dette a grimpé de 600 milliards soit presque 50%. A garder en mémoire pour les prochaines élections : les cadeaux électoraux de Sarkozy aux riches ont l'aisé des traces pour toute la société, qu'il le veuille ou non. Les espagnols au même moment viennent de franchir les 1000 milliards d'euros et les italiens sont à plus de 2100 milliards depuis un certain temps.

Mais c'est quoi, deux mille milliards ?

- La taille du marché européen est estimée à dix-huit mille milliards de dollars en activités économiques chaque année.

- Les entreprises européennes ont mille milliards en argent frais dans leurs comptes, au moins, soit la moitié de la dette publique. Les entreprises françaises n'en ont qu'une partie évidemment et une partie de cet argent va vers les actionnaires évidemment. D'ailleurs en Allemagne, les entreprises rémunèrent beaucoup moins leurs actionnaires qu'en France (presque 4 fois moins)... Pourtant l'Allemagne se porte mieux. Les actionnaires français seraient-ils trop gourmands et ponctionneraient-ils le développement ? Débat intéressant s'il en est.

- Chaque année, l'évasion fiscale coûte mille milliards d'euros au sein de l'Union européenne. Encore une fois, seulement la moitié de notre dette publique nationale. C'est aussi ce qui est dépensé chaque année dans l'Union européenne en matière de santé. C'est quatre fois ce que l'Europe dépense pour l'éducation !

- Mille milliards de dollars c'était le montant estimé des pots-de-vin dans le monde il y a dix ans selon la Banque Mondiale.

- En pleine crise financière en Europe, en décembre 2011, la Banque centrale européenne a déversé une manne financière exceptionnelle dans le circuit bancaire, au motif d’éviter une nouvelle crise. Les banques privées de la zone euro ont ainsi empoché plus de 1 000 milliards d’euros de prêts, à un taux historiquement bas de 1 %. Intéressant, non ?


Et alors ?

Hommage à Raymond Queneau, deux mille milliards c'est bien, mais nettement moins que Cent mille milliards - de poèmes. Le génial créateur qu'était Queneau avait simplement composé 10 sonnets (de 14 vers chacun donc) et chaque vers étant écrit sur une bande de papier, on pouvait ainsi créer 10 puissance 14, soit cent mille milliards de sonnets différents. A noter, ici, une très belle variation hypertextuelle sur ce texte de Queneau. A mettre à jour évidemment... quand j'aurai le temps ;)

lundi 29 septembre 2014

Tulle passe à droite

Les sénatoriales ont été un camouflet pour la gauche. Une baffe attendue parce que très fortement liée aux résultats des dernières élections municipales. Une baffe presque automatique donc car beaucoup d’élus municipaux étaient de droite. Mais une baffe quand même.

Dans l’opinion, ça sent la fin de la parenthèse socialiste, alors que ce n’est pas le cas. Les leaders de la droite et du centre pourraient, en s’alliant, remporter haut la main toutes les élections à venir. Mais au Sénat les alliances sont originales et pas souvent aussi nettes qu’ailleurs. On est entre élus et les scrutins pour élire le Président du Sénat sont à bulletins secrets. Il y a déjà eu des surprises dans le passé. Le Sénat est centro-conservateur par nature. Raffarin a lancé avec dynamisme sa candidature, en s’assurant le soutien de la droite, mais le centre c’est une autre affaire, et pour le citer, « la route est droite mais la pente est rude » jusqu’au plateau.

L’arrivée de deux sénateurs du FN est également une conséquence logique des très bons scores obtenus par ce parti d’extrême-droite aux municipales, surtout dans le Sud-Est. Il y a de la proportionnelle dans beaucoup de départements (si 3 sénateurs au moins y sont élus) et il est donc normal que des partis comme le FN y soient représentés. Ca serait la même chose à l’Assemblée nationale si elle était élue à la proportionnelle, même en partie.

Marseille et Fréjus sont donc particulièrement en vue. A Marseille c’est contre une socialiste que le FN a gagné. Mais à Fréjus c’est contre un UMP que le FN a gagné et pas n’importe lequel : le maire de la ville voisine de Saint-Raphaël et grand gourou de l’UMP dans le département. Une humiliation difficile à supporter et qui va entraîner des regards froids comme la glace polaire entre ces deux composantes de la droite. A suivre entre deux pastis. D’un côté un vieux baron, de l’autre le plus jeune sénateur de l’Histoire récente !


En Corrèze pas de pastis, mais de la semoule pour François. Le PS a été battu par l’UMP à Tulle et dans le département. Une surprise. Pas bonne pour le président, c’est sûr. Certains en feront un symbole de la déconfiture actuelle. Pas ici. C’est juste un constat implacable. Un fait et rien d’autre.

Evidemment il y a d’autres battus, plus des vieux qui ne se représentaient pas et qui quittent aussi le Sénat, comme Chevènement, nationaliste de gauche. On notera que même le PRG, allié fidèle du PS à l’Assemblée, perd son président qui a été battu aux sénatoriales… Il aurait mieux fait de devenir ministre ! Le cumul ou rien, il faut choisir. Pour le prochain remaniement peut-être ? Quant aux inénarrables verts ils se félicitent d’une mini vague verte… Il faut changer de lunettes, Cécile !

En tous cas, aujourd’hui je m’envole pour Montréal puisque Air France a semble-t-il bien voulu ne pas annuler mon vol. Je vous enverra des billets pleins d’été indien et de poutine !


dimanche 28 septembre 2014

Du temps de cerveau pour… une nouvelle cinglante d'eux

Ce matin-là Firli se demanda brutalement si elle avait eu raison. Elle avait choisi une vie aventureuse au lieu de rester tranquillement chez elle avec ses soeurs, mais pour le moment on ne pouvait pas dire que tout se passait merveilleusement bien.

Evidemment elle était partie pour de bonnes raisons. Du moins s’en était-elle persuadée au début. Elle en était beaucoup moins sûre aujourd’hui. La nourriture commençait à manquer dans la vallée où ils étaient installés depuis des générations et elle était de moins en moins bonne qualité. Une invasion d’insectes rampants avaient visiblement détruit une bonne partie de leurs animaux favoris et rien ne semblait se profiler pour renverser la situation. Firli en avait longuement parlé avec sa famille mais personne ne voulait partir. Elle avait vite compris qu’elle s’en irait seule, si elle en avait l’opportunité.

Cette opportunité s’était présentée un jour en plein coeur de l’été. Un jeune garçon était passé en vélo sur la route dans la vallée, non loin de Firli. Elle avait projeté dans sa tête une furieuse envie de se rapprocher d’elle et cela avait marché. Il s’était arrêté et avait commencé à marcher vers elle. Plus il s’était avancé et plus elle avait pu le contrôler. En arrivant près d’elle il était complètement subjugué et elle n’eut pas à forcer son talent pour se retrouver quelques minutes plus tard, confortablement installée sur son vélo, avec tout ce qui lui était nécessaire pour voyager dans de très bonnes conditions. Le garçon n’avait pas dit un mot, mais Firli avait reçu des centaines de messages télépathiques de ses soeurs et de ses voisines : certains l’encourageaient mais la plupart essayaient de la conserver près d’elles. Sans effet car Firli avait pris sa décision et rien ne pouvait plus la détourner de cette aventure.

Le garçon l’avait conduite dans une très belle maison et l’avait installée là. Il était devenu son esclave et l’avait nourrie régulièrement. Mais au bout de quelques jours Firli avait senti que quelque chose clochait. Bien sûr le garçon lui était entièrement dévoué, mais l’environnement était triste. Il n’y avait rien à faire de toute la journée. Une fois le garçon avait amené un homme, beaucoup plus vieux. Il avait attentivement regardé Firli mais elle n’avait pas réussi à prendre le contrôle de son esprit. Il devait être beaucoup plus fort que le garçon. Firli avait eu ce jour-là sa première déconvenue. Elle qui croyait pouvoir voyager dans le monde entier et contrôler tous ceux qui passaient près d’elle se rendait compte que ce serait plus compliqué que cela.

L’homme était revenu quelques jours après et avait décidé de l’emmener. Firli avait laissé faire et son garçon n’avait pas protesté, à sa demande expresse. Elle s’était retrouvée dans une maison gigantesque, des dizaines de fois plus grande que celle du garçon. On l’avait installé dans une pièce très claire et on lui avait consciencieusement donné à boire et à manger. Plusieurs personnes différentes fréquentaient cette maison, mais toutes étaient aussi fortes et résistantes que l’homme. Firli n’avait jamais pu déclencher chez aucun d’entre eux un quelconque intérêt. Tout se passait comme si son pouvoir de contrôle était inopérant sur ces gens-là. Elle avait pourtant tout essayé. Et son moral avait baissé jour après jour.

Ce matin-là donc, Firli venait de décider qu’elle devait agir. Elle ne voulait pas rester dans ce lieu qu’elle avait appris à détester. Elle voulait absolument se prouver à elle-même et au monde entier qu’elle avait eu raison de se lancer. Elle prit un bon petit déjeuner, une double ration, et se prépara pour affronter la première personne qu’elle verrait en y mettant plus de puissance qu’auparavant.

C’est ce matin-là aussi que Flora décida de venir dans le magasin. Elle voulait acheter un cadeau pour sa mère et avait cassé sa tirelire. Elle n’avait pas choisi la boutique par hasard car elle connaissait les goûts de sa maman. Goûts qu’elle partageait d’ailleurs. Dès qu’elle franchit la porte, Firli sut qu’elle avait enfin trouvée une cible. Le premier regard de Flora pour Firli fut décisif. Firli contrôla instantanément Flora et lui indiqua quel était le meilleur cadeau possible pour sa maman chérie dans la boutique. Firli était heureuse d’avoir enfin trouvé quelqu’un qu’elle pouvait contrôler et Flora était émerveillée par le cadeau qu’elle ramènerait à sa mère avec Firli. En quelques minutes le cadeau fut emballé et Flora et Firli repartirent ensemble vers la maison de Flora. Personne ne les empêcha de sortir et Firli fut soulagée de quitter ce lieu décidément trop triste.

Quand les deux amies arrivèrent chez Flora, la mère de la petite fille l’embrassa sur le front et la remercia chaleureusement pour ce cadeau, en cette fête des mères. Puis toutes deux installèrent Firli dans la plus belle chambre de la maison, à côté de la fenêtre. Tous les matins et tous les soirs c’était Flora qui apportait son repas à Firli car, vous l’avez compris, Firli ne pouvait se déplacer seule. C’était une tare de naissance, mais cela ne l’avait jamais empêchée de s’épanouir. Firli pensait même que cette incapacité à se déplacer seule était ce qui l’avait amenée, elle et ses soeurs, à développer cette capacité à contrôler les autres. En tous cas c’est ce qui lui permettrait de faire venir à elle les animaux qu’elle mangeait. Leurs cerveaux étaient trop minuscules pour lui résister.

Flora avait un petit frère que Firli n’aimait pas. Il faisait trop de bruit et déplaçait trop d’air. Comme tous les mâles semblait-il. En particulier ce petit garçon avait un pistolet à plomb avec lequel il tirait sur n’importe quoi. Firli le contrôlait également, bien sûr, mais ce garçon ne l’intéressait pas. Il était décidément trop bête. Firli lui avait demandé de lui rapporter à manger, mais le garçon ne savait pas bien viser et les animaux étaient difficiles à tuer pour lui. Heureusement Flora était très douée et cela suffisait à Firli.

Jusqu’à ce jour où le petit garçon, inhabituellement rapide, blessa Firli en lui tirant un plomb. Sans faire exprès évidemment. Tout ça parce que Firli était trop occupée à mâchouiller son repas pour le contrôler totalement. La blessure n’était pas trop grave, mais elle allait laisser une cicatrice à Firli et celle-ci eut un  soudain accès de colère. Elle força le petit garçon à sauter par la fenêtre. On était assez haut pour qu’il meure.

Firli fut satisfaite et continua tranquillement son repas. Il y avait bien quelques cris en bas, mais cela ne concernait pas Firli. Elle allait leur apprendre, non mais ! On ne devait pas se comporter n’importe comment avec une fleur carnivore !

samedi 27 septembre 2014

Hollande a donné un coup de pied… au fond

Cette semaine est à marquer d’une pierre grise. Les statistiques de François sont un peu meilleures dans les sondages, personne ne comprend vraiment pourquoi. Est-ce le double effet Sarkozy cool ?

Cette semaine, François était à New-York - mais pas via Air France. Son discours devant l’Assemblée générale de l’ONU n’a pas marqué les mémoires, mais il est ici. L’exercice est délicat pour un homme politique puisque les discours doivent être brefs. Et comme François voulait commencer par l'exécution barbare du randonneur français en Kabylie, il ne luis restait pas longtemps pour aborder les autres points. Il a quand même réussi à finir sur le changement climatique en espérant - mais pas parce que c’est en France hein - que la Conférence de Paris sur le climat verra un consensus contraignant et la création d’un fonds vert. Vu ce qui s’est passé au Sommet préparatoire de cette semaine, c’est vraiment pas gagné ! Enfin, c’est pas grave. En France toutes les administrations sont mobilisées pour faire de ce Sommet un succès, même si le vrai succès dépendra des chinois, des russes ou des américains...


En tous cas il en profite ce samedi pour regonfler le moral de ses troupes. Une trentaine de conseillers du château, l’Elysée, étaient réunis pour une séminaire de remotivation : on positive ! Au programme, on imagine :
- traversée d’une fosse pleine de braises pieds nus, pour filer la métaphore avec la presse, au fond du jardin. Les conseillers brûlés sont évacués, ça fait des économies.
- saut à l’élastique du premier étage, pour oser se lancer. Les conseillers écrasés sont mis dans une charrette, ça fait des économies.
- dissertation pour écrire un discours sans utiliser d’anaphore (« Moi président… ») tout en ne disant rien quand même comme d’habitude. Les conseillers secs sont jeté dans la Seine, ça fait des économies.
- Jeu de rôle pour simuler une discussion avec un syndicat ultra-libéral et corporatiste (oui je sais c’est redondant) et ne pas se faire ratatiner. Les conseillers cloués au sol sont envoyés par hélicoptère, ça fait des économies.
- Analyse SWOT de la candidature de Sarkozy à la Présidentielle. Les conseillers qui n’ont pas réussi à remplir la case opportunités sont rayés de la carte, ça fait des économies.
 Test d’intelligence sur les solutions pour rendre François populaire. Ce dernier atelier, quii n’a pu rassembler que les deux conseillers restant après les autres ateliers, s’est conclu par la mort inexpliquée de ces deux grosses têtes et on en a fait du boudin, ça fait des économies.

vendredi 26 septembre 2014

Petits fours et élection dans un fauteuil

Dimanche, ce sont les sénatoriales. Une élection très particulière en France, censitaire ou au deuxième degré si vous préférez. 88 420 grands électeurs voteront dimanche. Ce sont des élus issus de conseils municipaux, départementaux, régionaux ou d'autres grands électeurs quand c'est nécessaire (désignés par ces conseils même s'ils n'ont pas été élus, je l'ai été une fois). Le vote est obligatoire (100 euros d'amende sinon) et les petits fours aussi.

Un vestige du passé, comme dans d'autres pays où les hautes assemblées sont élues à peu près de la même façon. Vestige des chambres d'aristocrates et de riches électeurs propriétaires, histoire de tempérer les ardeurs des assemblées plus "populaires". En France le Sénat peut ralentir des projets de loi mais c'est toujours l'Assemblée qui a le dernier mot.

Par contre lorsqu'il faut une modification constitutionnelle, les deux chambres sont réunies en un seul congrès (à Versailles) et là le poids des élus au Sénat compte vraiment. Le Sénat est donc un instrument conservateur par définition. La gauche y a la majorité depuis la dernière fois il y a trois ans mais les pronostics sont pour un retour (as usual) de la droite au Sénat.

Rappelons aussi que le Président du Sénat devant président de la république par intérim en cas d'empêchement du président élu au suffrage universel. Vestiges, vestiges.

Depuis que les sénateurs ne sont plus élus que pour 6 ans, on les renouvelle par moitié tous les 3 ans donc. Ce dimanche, il y aura les tranquilles et les inquiets. Puisqu'on a décidé de ne pas supprimer le Sénat il y a quelques années, le train de sénateur continue à son rythme. Les restaurants autour du Luxembourg sont pleins de sénateurs, certains hôtels discrets aussi. Mais ceux qui n'ont jamais été invités à la "cantine" du Sénat ne savent pas ce qu'ils ratent. Bon et long, ce sont les deux principales caractéristiques d'un déjeuner au Sénat. On n'y parle pas de perchoir et de sièges, ce serait trop inconfortable. On y parle de plateau et de fauteuils, c'est plus plat et plus doux.

Beaucoup de candidats se présentent : prévoir un bon tour de bedaine quand même en général. Pour la présidence du Sénat, tout se décide au dernier moment dans cette enceinte de toutes les alliances improbables ou un communiste et un UMP peuvent se mettre d'accord pour voter contre un centriste ou toute combinaison que vous pouvez calculer. Jean-Pierre Raffarin, Gérard Larcher et Philippe Marini sont candidats au plateau, mais tout est possible et ce n'est que la droite centro-démocrato-libéralo-molle. L'arrivée de Sarkozy dans l'arène va crisper les tensions, c'est certain. Et il y a le FN à surveiller !

Il va y avoir la réforme territoriale et régionale bientôt (peut-être) et si elle est votée, les prochaines sénatoriales seront donc basées sur une équation très différente. Mais trois ans c'est loin, surtout à la vitesse d'un sénateur.


jeudi 25 septembre 2014

Papillon de nuit

Blog court aujourd'hui car je vole de retour d'Afrique. Vol de nuit, vol sans sommeil vraisemblablement. Vol long avec multiples correspondances merci les pilotes d'Air France. 

Il y a toujours du magique dans le voyage quel qu'il soit. Du rêve et le désir de retrouver celles et ceux qu'on aime - et que j'embrasse. 

Une salle d'embarquement ressemble à une autre. Un avion à un autre. Mais un voyage ne ressemble jamais à un autre. 

Alors je vous souhaite une bonne nuit, à vous dans votre lit. 

mercredi 24 septembre 2014

MÉDÈ(BA)FFES

Le MEDEF n'en rate pas une. Après un lancement avorté au moment du changement de gouvernement, le plan du MEDEF est donc officiel depuis aujourd'hui. Et il est toujours aussi loin des réalités. A croire qu'ils veulent relancer la lutte des classes et remobiliser le syndicalisme. Je parle d'un syndicalisme de masse sur des objectifs généraux, pas de syndicalistes corporatistes préoccupés uniquement par leur situation personnelle.

Ce plan comporte plein de mesures pour arriver à la création de un million d'emplois. Les économistes sont vent debout contre ce "petit livre jaune" comme les patrons l'appellent eux-mêmes, dans une forme de plaisanterie cynique qu'on croyait éteinte depuis l'époque des dinosaures. Le petit livre jaune contre le petit livre rouge ? Les jaunes contre les grévistes forcément rouges ? La jaune et la rouge, emblème des polytechniciens ? Mystère de l'humour raté ;). On remarquera qu'il s'agit d'un jaune orangé. Pas le jaune à la mode ni le rouge, mais un machin entre deux.

Même le Figaro est sceptique sur ce catalogue fait uniquement pour provoquer.

Ils ont mis un site en ligne où vous pourrez télécharger le livre. On y relève cette phrase "seules les entreprise peuvent créer des emplois" que je vous laisse savourer et qui ignore tellement de formes d'organisations sociales tout en essayant de placer le MEDEF comme le seul représentant de tous les employeurs. Un vrai retour en arrière a comparer avec le grand bond en avant.

Toutes nos condoléances aux personnes dont les noms sont associés à cette "œuvre".

 

 

mardi 23 septembre 2014

Voler ou ne pas voler ?

Je suis au Cameroun cette semaine et c'est pas une sinécure que de vouloir y aller pendant une grève d'Air France (des pilotes en fait).

Votre avion est annulé au dernier moment (le samedi pour le lundi par exemple) et toutes les autres compagnies qui vont à Yaoundé sont pleines à craquer ou à des prix prohibitifs (au moins trois fois le prix standard). Air France vous renvoie vers son site pour se faire rembourser le billet sans proposer de solution d'échange pratique. Par miracle vous trouvez un autre vol qui part de Bruxelles et votre billet d'avion comprend le train jusqu'à l'aéroport de Bruxelles, c'est-à-dire un Thalys jusqu'au centre ville et un train de banlieue pour l'aéroport. Comptez six heures de plus au bas mot pour le voyage, pas direct en fait de Bruxelles.

Je ne cherche pas à vous faire pleurer sur le sort d'une travailleur qui doit faire une mission et qui ne peut la déplacer. Mais il y a quelques choses étranges dans le transport aérien :

Nous dépendons de plus en plus des avions pour tout un tas d'activités et quand quelque chose coince, c'est comme un jeu de dominos. C'est une chaîne (celle du transport) extrêmement fragile qu'un rien peut briser. Ce n'est pas un hasard si les transports sont partout dans le monde le milieu où les grèves sont les plus efficaces ?

C'est d'autant plus vrai qu'avec le système de facturation et de réservation des compagnies modernes d'aviation, qui utilisent presque toutes le même logiciel inventé par une compagnie américaine pour faire fortune en vendant des billets à tous les prix dans le même avion, que ce système ne sait pas gérer les situations d'exception. Ceux qui ne peuvent pas faire autrement deviennent prisonniers de tarifs exorbitants ou de trajets tordus. On remarquera que ce système se répand dans le ferroviaire à grande allure.

Il peut être plus rentable dans ce type de cas d'acheter ce que les compagnies appellent des billets croisés : on se sert de l'aller d'un billet et du retour de l'autre, en ne se servant jamais des deux autres coupons. C'est une pratique qui était répandue à une époque puis qui a été interdite mais qui semble revenir, car les passagers en ont marre de ne pas avoir assez de souplesse. Ces billets croisés sont en fait moins chers qu'un billet normal, souvent. Est-ce qu'un système qui permet ça n'est pas absurde ?

Enfin, prendre le train avec un billet d'avion pose un problème sémantique. A partir du moment oû c'est une compagnie aérienne qui vous délivre un billet avec plusieurs trajets dedans, c'est un billet d'avion, même si l'un des tronçons est à faire en train ou en autocar. Le mode de transport ne compte plus. C'est l'autorité qui a délivré le billet qui lui donne son nom. Sémantiquement c'est n'importe quoi. Qui ne connait pas, par exemple, un passager aérien piégé par sa compagnie aérienne avec un billet Paris Ottawa, qui réalise une fois posé à Montréal que la fin du voyage se déroulera en autocar ? Ou un Lyon Beijing qui commence par un voyage en train jusqu'à CDG ? Si le passager le sait avant d'acheter son billet, pas de souci. Mais c'est rarement le cas, ou alors c'est écrit en tout petit.

Les passagers actuels voyagent de plus en plus et ils sont de plus en plus nombreux. Est-ce une raison pour les traiter comme du bétail ? Aux USA, certaines compagnies ont tellement rétréci l'espace entre deux rangées de sièges qu'une société commercialise des "bras" en plastique à poser sur vos accoudoirs pour empêcher le siège de devant de se baisser jusque sur votre menton. Resultat : bagarres dans les avions suite à plusieurs incidents.

Les grèves ont cela de bon c'est qu'elles nous font prendre conscience non seulement de la fragilité de ce système, mais aussi de la nécessaire révolte des passagers contre des compagnies qui ne pensent qu'à elles. La tendance lourde et irrévocable vers le Low-Cost ne fera qu'amplifier ce phénomène. Vous rappelez-vous cette tentative d'une de ces compagnies pour ne plus installer de sièges dans les avions mais seulement des tabourets et des rambardes ? Si, si, je vous assure. Pour quand ?

lundi 22 septembre 2014

Quel nouveau nom pour l'UMP ?

Sarkozy est de retour comme prévu
Facebook, Twitter, télé, presse, meeting… un peu moins de bruit que prévu semble-t-il.

Il annonce qu'il va tout chambouler à l'UMP. Il ne doute évidemment pas d'y être élu. Mais il annonce une refonte complète en trois mois, histoire de se débarrasser des casseroles de l'UMP, de son déficit abyssal et de quelques barons dont il ne veut plus (Juppé et Fillon en tête). Ca permettra par ailleurs de s'affranchir de la règle actuelle qui dit : président de l'UMP ou candidat à la présidentielle mais pas les deux. Parmi ces grands lessivages d'automne, on attend un changement de nom et de slogans.

Quel nom alors pour le futur jouet de Sarkozy ?

Dans son message Facebook et Twitter (le même), Sarkozy utilise les mots-clés suivants :

nouveau, famille politique, vaste rassemblement, tous les Français, renouveau, unité de la nation, perspective, collectif, redressement, ensemble, engagement, sursaut, force, France, NS

Par le passé, la droite et le centre droit ont utilisé les mots suivants pour leurs partis :

Union, nouvelle, Républicain/que, démocrates/tie, chrétien-démocrate, rassemblement, parti, libéral, centre, radical, français, indépendants, européen, droite

A droite il y a déjà eu les sigle suivants (morts ou déjà pris) :

UNR,UDR,RPR,UMP,PR,CD,UDF,RI,DL,UMP,PCD,UDI,MoDem,UMP,FN,DLR


Voici donc mes propositions, à vous de choisir et de compléter :

UNS ou RNS : Union ou Rassemblement pour Nicolas Sarkozy - le plus évident avec l’avantage d’introduire de nouvelles lettres. Le NS peut se reformuler en plusieurs choses pour mieux faire passer la pilule, comme National Social (National socialisme est déjà pris), Nouveau Sursaut, New Start (au diable la francophonie), Neo Superman. Variante avec RSN pour le Rassemblement pour un Sursaut National.

RFF : Rassemblement pour une France forte, même si c’est déjà pris pour le ferroviaire. Ca fera le lien avec un slogan qui peut resservir.

RRF : Rassemblement pour le Renouveau ou le Redressement Français

CDEF : Centre et Droite Ensemble pour la France (Il restera alors de la place pour un parti AB (Agissons avec Bravoure) et d’autres à partir de GHIJ…

CARLA : Collectif Action Rassemblée pour Libérer nos Ames

URM : Union pour un Rassemblement derrière Moi, appelé dans un premier temps Rassemblement majoritaire, comme l’UMP qui était Union pour une majorité présidentielle avant de changer de mots en gardant le même sigle.

PMU : C’est le contraire d’UMP. (Ah zut, c’est déjà pris ?)

ADT : A Droite Toute

AVBC : A Votre Bon Coeur, puisqu’il s’agit de faire revenir les donateurs.

RPF : Rassemblement Pour la France, et ils l’écriront RpF pour faire comme si c’était toute la République Française. Le P peut aussi passer pour peuple.

Et pour terminer (provisoirement) le GRUMFF : Grand Rassemblement Unitaire et Majoritaire pour une France Forte

dimanche 21 septembre 2014

Du temps de cerveau pour… une nouvelle dans le Pastis 51

Mario finissait de siroter son verre de pastis et se demandait s’il allait s’en servir un autre quand il entendit la sirène. Il se demandait toujours s’il allait s'en resservir un nouveau quand il finissait un verre et c’était devenu un petit jeu privé entre lui et lui seul. Il se resservait toujours. En fait il avait toujours devant lui un verre de pastis, sauf quand il dormait et quand il travaillait. Il dormait peu, le pastis remplissant tous ses besoins, et il travaillait encore moins.

Mario avait fait des études quand il était plus jeune. Malgré son addiction au pastis, il avait réussi brillamment à obtenir son diplôme de chimiste, poussé par une motivation exceptionnelle disaient ses professeurs. En fait il avait toujours voulu être capable de fabriquer du pastis pour être certain de ne jamais en manquer. Depuis, avec les années, il avait mis au point plusieurs formules - ou recettes si vous préférez - qui lui permettaient d’en fabriquer quel que soit l’endroit où il se trouvait. Evidemment il fallait toujours trouver de l’anis ou quelque chose d’équivalent, mais jusqu’ici il s’était toujours bien débrouillé. Pour l’alcool c’était un jeu d’enfant.

Depuis le début de la guerre avec les Zoomby il avait été évidemment enrôlé dans les forces militaires et comme on avait toujours besoin de chimistes à bord quand on arrivait sur une nouvelle planète, il avait été affecté à un vaisseau d’exploration, censé repérer de nouvelles planètes et voir si les terriens pouvaient en profiter dans leur lutte à mort contre les Zoomby. Mario trouvait ce métier parfait pour lui. La plupart du temps il n’avait rien à faire : pendant les longs voyages entre deux planètes, personne n’avait besoin d’un chimiste ; et une fois arrivé sur une nouvelle planète, il n’avait qu’à lancer quelques tests simples pour indiquer au capitaine si tout allait bien, puis il pouvait tranquillement se mettre à la recherche d’une plante anisée pour réassortir son stock. La vraie guerre semblait toujours se dérouler loin d’eux et Mario était très satisfait de la situation.

Il se resservit un autre verre de pastis, bien tassé, parce qu’il savait qu’il allait devoir passer un peu de temps sans avoir de verre devant lui. Il eut juste le temps de le terminer avant la deuxième sirène et se dirigea de son pas chaloupé habituel vers le sas de sortie. Il savait que ses camarades soldats avaient déjà disposé tout son matériel de test dans le sas, ainsi que sa combinaison. Cela ne le gênait pas de ne quasiment jamais voir les autres membres de l’équipage. Tout le monde semblait l’éviter, sauf le capitaine qui était bien obligé de le convoquer de temps en temps. Mario pensait que c’était à cause de l’odeur du pastis qu’il dégageait.

Arrivé dans le sas, Mario trouva ses affaires et s’habilla. Comme d’habitude, il y avait un petit mot écrit à la main et scotché sur sa visière. Celui-ci disait :
« Sergent Mario, Nous sommes sur la planète KZ32-3. Elle ressemble à la Terre. Je compte sur vous pour nous indiquer son statut. Capitaine Bros ».

Mario regarda par le hublot du sas pendant que celui-ci équilibrait les atmosphères et trouva que cette planète était très prometteuse. Elle ressemblait effectivement beaucoup à la Terre et même à sa région natale, à côté de Marseille au bord de la Méditerranée. La terre natale du pastis, songea-t-il. Un très bon signe !

Une fois sorti, Mario appuya sur le bouton unique de son appareil de test. Celui-ci réalisait des opérations très compliquées dont Mario avait oublié la plupart des mécanismes. Pendant qu’il attendait le résultat, Mario regarda autour de lui. Le paysage semblait prometteur. Tout-à-fait le climat propice à l’anis. Mario se pourléchait déjà les babines lorsque le voyant sur l’appareil s’alluma. Il était doré. D’un doré très appétissant même pensa-t-il. C’était la première fois qu’il voyait le voyant de cette couleur. D’habitude, quand la planète était adaptée aux humains, le voyant devenait vert. Vert avec des nuances plus ou moins soutenues suivant la capacité de l’atmosphère à assurer la survie des humains. Quand la lumière était plutôt rouge, il y avait danger. Mais Mario n’avait jamais vu le voyant briller d’une si belle couleur dorée, avec des reflets verts et jaunes qui lui rappelaient quelque chose.

Mario ouvrit sa poche et consulta le guide de l’expérimentateur pour y chercher la signification de cette couleur. Il n’y avait rien. Aucune couleur ne se rapprochait de ce qu’il voyait. En fait la seule couleur qui se rapprochait du voyant était… celle du pastis (avant qu’on ne le trouble avec de l’eau et des glaçons).

Mario, regarda un peu autour de lui et décida que quelque chose clochait. Est-ce que cela pouvait être un piège des Zoomby ? Ou pire, une de leurs planètes ? Les humains n’avaient jamais réussi à trouver leur planète et il ne savaient pas à quoi pouvait ressembler leur mode de vie. La guerre était une guerre impersonnelle à distance et aucune information ne transpirait. Mario frémit et décida de faire quelques pas pour aller voir un peu plus loin. Peut-être ses équipements étaient-ils perturbés par le vaisseau spatial ?

Mario s’éloigna donc du vaisseau de quelques dizaines de mètres, sans le perdre de vue toutefois. Il arriva au bord d’une belle étendue d’eau et appuya de nouveau sur le bouton. Au bout de quelques secondes, le voyant redevint doré, de la même couleur exactement. Mario n’en pouvait plus. Cela faisait au moins cinq minutes sinon six qu’il travaillait et qu’il ne pouvait pas boire de pastis. Il décida d’écourter sa mission et de laisser le capitaine décider quoi faire. Mais quand il essaya de le contacter par radio, rien ne se passa. Comme si tous les systèmes étaient morts.

Mario revint vers le vaisseau. Le sas était complètement ouvert, ce qui n’était pas du tout normal. En entrant dans le vaisseau il découvrit tous ses camarades morts, même le capitaine. Aucune zone du navire n’avait été épargnée. Tous arboraient des grimaces affreuses sur leurs visages. Leur morts avaient dû être violentes et rapides.

Mario n’était pas un guerrier. Il eut très peur et se dirigea rapidement vers sa cabine. Il avait besoin d’un pastis. De plusieurs en fait ! En quelques secondes, il avait enlevé son casque et s’était enfilé trois pastis. « Ouf, se dit-il. Ca va mieux ! »

Puis Mario regarda autour de lui. Il n’était pas mort et allait même très bien. L’air était chargé de petites particules brillantes et Mario reconnut des spores. Il en écrasa quelques uns entre son pouce et son index et se mit à les renifler. De l’anis pur. Un anis si pur qu’il n’en avait jamais goûté. Des millions de spores d’anis partout dans l’air !

Mario eut un grand sourire puis il sortit son nécessaire de chimie et se mit à fabriquer du pastis à partir de ces spores qui étaient partout autour de lui. Mario était un expert et cela ne lui prit que quelques minutes.

Mario tint devant ses yeux le verre de pastis nouvellement fabriqué. Il n’avait pas encore versé l’eau ni les glaçons. Et la couleur du pastis était exactement celle du voyant lumineux sur son appareil. Mario renifla et fut enthousiasmé par l’odeur. Ce pastis promettait d’être l’un des meilleurs qu’il eut jamais goûté, sinon le meilleur.

Mario versa un glaçon et de l’eau dans le verre, avec le geste souple d'un professionnel aguerri. C’était de l’eau de sa réserve personnelle. De la bonne eau de Marseille ! Le liquide dans le verre se troubla, comme tout bon pastis sait se troubler. Et Mario entendit un « pop ». Pas le « pop » du glaçon qui pète au moment où il touche le pastis, mais un « pop » qui venait de partout à la fois. Et tout d’un coup Mario vit tomber tous les spores qui étaient dans l’air. En une seconde, tous étaient par terre. Le verre de pastis contenait maintenant un liquide opaque couleur sang. La même couleur que sur le sol de sa cabine. Et ce liquide dégageait une odeur infecte. Mario lâcha le verre, interloqué.

A ce moment précis il entendit dans ses écouteurs des messages à la fois paniqués et euphoriques. Le second vaisseau d’exploration qui était resté en orbite essayait frénétiquement de joindre le vaisseau où se trouvait Mario, seul survivant maintenant. Et d’autres messages venaient du reste de la flotte expliquant que tous les vaisseaux Zoomby venaient d’exploser, partout. Mario ne comprenait pas tout mais il semblait que la guerre était terminée. Il comprit quand même que le deuxième vaisseau allait venir le chercher. Mais cela prendrait au moins une heure.

Alors Mario se déshabilla complètement et enfila un short. Quand les secours arrivèrent, il était installé au bord de l’eau, avec table et chaise (et même un parasol publicitaire venu d’on ne sait où) en train de siroter une bouteille de pastis. Une ancienne bouteille évidemment. Il était très détendu et regardait au loin. Vous connaissez cette pose. C’est celle de la statue du Libérateur sur la grand place de la capitale. Peu de gens se souviennent encore de la signification du 51 qui orne le parasol, mais tous nous célébrons celui qui a mis fin à la guerre et éliminé tous les Zoomby, directement sur leur planète natale.

samedi 20 septembre 2014

Les igNobel de l'année sont de sortie

Patrimoine ce week-end, d'accord. Mais tous les patrimoines alors !

Jeudi, à Harvard, la cérémonie des igNobel a rendu son verdict. Ce prix existe depuis 1991 soit 23 ans (23 est un nombre premier). Nous sommes bien dans un vrai patrimoine. Celui-ci fait d'abord rire puis réfléchir, comme disent ses inventeurs. On en avait évidemment parlé en 2012 et en 2013. Petite revue des lauréats (dix équipes comme chaque année) :

Physique
Calcul de la quantité de friction entre une peau de banane et une chaussure d'une part, et entre une peau de banane et le sol d'autre part, quand on marche dessus. Cette étude japonaise nous éclaire sur les frictions dans différentes configurations. Je ne suis pas certain que différentes espèces de bananes ou de "maturité" de la banane aient été étudiées.

Neuroscience
Que se passe-t-il dans le cerveau des gens qui reconnaissent le visage de Jésus sur un toast ? Bonne question en effet. L'étude pourrait être poussée sur d'autres supports, mais les neurosciences prouvent ici qu'il se passe quelque chose : dès qu'il y a la possibilité de voir un visage, même très légèrement, celle-ci est amplifiée dans le cerveau. Attention en mangeant votre prochaine poutine ou votre prochain potage pékinois, car l'étude est canado-chinoise.

Psychologie
Ceux qui se couchent tard sont plus imbus d'eux-mêmes, manipulateurs et psychopathes que ceux qui se lèvent tôt. Les anglo-saxons qui ont produit cette étude se sont-ils demandés si ceux qui se levaient tôt avaient le choix ? La nuit joue donc sur nos égos. Et les loups-garous ?

Santé publique
Est-il dangereux pour votre santé d'avoir un chat ? Il semble que oui selon plusieurs études menées un peu partout et ce serait en lien avec une toxoplasmose latente. Changements de personnalité, baisses d'intelligence, dépressions... Ceci est évidemment un complot contre les chats et doit être dénoncé comme tel !

Biologie
Une étude justement récompensée et qui avait défrayé la chronique : les chiens s'alignent spontanément avec l'axe Nord-Sud géomagnétique quand ils font leurs besoins (petits ou gros). Les chiens seraient donc sensibles aux variations même faibles du champ magnétique. L'étude ne dit pas si avoir un chien est dangereux pour la santé - et c'est un scandale. En tous cas, au moins, avoir un chien ne vous fera pas perdre le Nord pendant votre promenade. C'est utile. Cette étude nous vient d'Allemagne, de Tchéquie et de Zambie.

Art
Intéressante question qui peut vous servir tous les jours : votre seuil de résistance à la douleur (un puissant rayon laser brûlant votre main)  est-il différent selon que vous regardez une jolie peinture ou une croûte moche ? Et bien, oui, il semble que l'Art nous aide à résister à la douleur - avis aux tortionnaires de tous poils et aux dentistes pour qu'ils changent la décoration de leur cabinet. Evidemment c'est une étude italienne, pays où la beauté est présente à tous les coins de rue, ce qui tendrait à prouver que les italiens résistent mieux à la douleur.

Economie
Il s'agit du seul prix décerné à un Etat (l'Italie) car ce pays a pris la tête d'un important combat au sein de l'Union européenne pour inclure dans le calcul du PIB des nouveaux flux d'argent issus de la prostitution, de la drogue, des jeux illégaux, de la contrebande et plus largement de toutes les activités illégales entre adultes consentants. Merci à l'Italie qui espère ainsi regagner quelques places dans les classements internationaux. Nous en France on soutient cette mesure car elle peut aussi nous servir ;)

Médecine
Peut-on soigner des saignements de nez graves en bouchant le nez avec des bandes de porc fumé ? Oui, cela a été fait sur un enfant de 4 ans avec succès, dans des circonstances particulières, en Inde. On se demande de quelles circonstances il s'agit, et on suppose que l'enfant n'était pas musulman. C'est une histoire vraie. Du lard ou du cochon ? A vous de voir.

Science arctique
C'est une catégorie rare, mais une équipe germano-norvégienne a testé les réactions de rennes quand ils voient des humains déguisés en ours polaires. Ces rennes s'enfuient beaucoup plus vite que lorsqu'ils voient un humain habillé en foncé. C'est donc un avis aux chasseurs de rennes : habillez-vous en foncé ; et un avis aux ours polaires : mettez des manteaux sombres avant d'aller manger. En plus c'est moins salissant.

Nutrition
C'est en Espagne et c'est bon. Oubliez la paella. Cette équipe a extrait des bactéries des crottes de bébés et prouvé que plusieurs sont des ferments lactiques probiotiques très intéressants pour être exploités. Cela vient du lait évidemment, retravaillé par ces chers bambins. Ils ont utilisé des saucisses (chipolatas ?) pour prouver la valeur de ces excréments. A bon entendeur salut, c'est l'heure des tapas.

vendredi 19 septembre 2014

Vous avez dit Patrimoine ?

Ce week-end ce sont les trentièmes journées du patrimoine. Créées donc en 1984 pendant l'ère flamboyante d'un couple Lang-Mitterrand, ces journées ont pris de l'ampleur pendant ces 30 glorieuses : de plus en plus de sites, de plus en plus de types de patrimoines, de plus en plus de pays en Europe, un peu comme la fête de la musique et d'autres initiatives culturelles.

Du point de vue du ministère de la culture, c'est un moment important, un entre-deux opportun pour faire le point.
- La Culture ou l'économie de la culture ? Vieux débat qui prend de l'ampleur avec cette volonté de plus en plus grande de monnayer la culture pour les étrangers, en la liant au tourisme. Un débat qui traverse les spécialistes. Un débat qui sera au coeur de la nouvelle Commission nationale française à l'UNESCO lancée en octobre avec un format rajeuni.
- La bataille entre Ministère de la Culture et Ministère des Affaires étrangères sur le dossier de la culture française à l'étranger, sur fond de rapport Attali sur la Francophilie et la Francophonie ? Avec la création toujours possible d'un grand établissement français qui regrouperait d'autres établissements existants pour promouvoir le label "Culture" et "France", sous contrôle de Fabius évidemment, après les années Filippetti (rapport Janicot).
- Les divergences sur les priorités ? François a parlé de numérique hier et la nouvelle ministre de la Culture aussi à la sortie de la conférence de presse, alors qu'au même moment Jack Lang parlait patrimoine dans sa conférence de pesse de lancement de son livre à lui ? Numérique et patrimoine ne s'opposent pas forcément mais le problème est justement dans l'absence de culture numérique de certains responsables qui laissent ainsi la voie libre à des experts numériques incultes de temps en temps.

Du point de vue de Jack Lang, justement, c'est un bon moment pour se rappeler à la mémoire volatile des médias. Un trentième anniversaire ça se fête. Et l'initiateur de ces journées du patrimoine sort un livre où la défense du patrimoine est au coeur d'une stratégie de relance. D'ailleurs on devrait parler de promotion du patrimoine et pas de défense. Son livre (epub) s'intitule "Ouvrons les yeux !" (après l'opération "levez les yeux" pour les enfants). Extrait de ce coup de gueule :

" Combien de kilomètres devons-nous effectuer au travers d'une forêt 
monstrueuse de néons géants, de panneaux assourdissants, de jungle de 
métal, de déserts de tôles grisâtres, d'enseignes infernales, de centaines de
slogans publicitaires, sortes de promesses de bonheur pour les nuls, des 
mensonges insupportables destinés à nous siphonner le crâne, à nous 
transformer en unité de consommation ? Combien de kilomètres avant 
d'entrer dans une de nos petites villes ou villes moyennes dont les centres 
historiques, beaux mais tristes, se meurent ? Mais où sommes-nous ? Qui 
sommes-nous devenus? 
(...) 
Continuer de la sorte, refuser de renouveler notre pensée, ne pas aborder 
collectivement et clairement notre manière de traiter le patrimoine à l'aube 
du XXIe siècle aboutirait à le souiller définitivement. Deux cents générations 
avaient façonné le visage de la France depuis le Néolithique (mais oui, le 
Néolithique), et nos dirigeants s'apprêtaient – brillante génération qui avait 
connu tous les bonheurs et qui léguait à ses enfants en signe de reconnaissance 
la crise et des abysses d'inégalités – à la défigurer à jamais. "

Du point de vue du citoyen normal ? Je ne prendrai qu'un exemple. Vous vous souvenez du combat contre la prolifération des cadenas d'amour (ou de haine) sur les ponts de Paris, classés par le Ministère de la Culture et inscrits au patrimoine mondial de l'Humanité ? C'est un mouvement qui avait été lancé par No Love Locks (et qu'on a soutenu ici sur ce blog). La Mairie a décidé d'agir cet été. Depuis hier le Pont des Arts a vu deux de ses rambardes (sur les 110 existantes) remplacées par des vitres en verre. Elles ne sont pas encore taggées (ni brisées) mais il est impossible d'y accrocher des cadenas. Est-ce un premier vrai pas ou une simple expérimentation ? Est-ce lié aux journées du patrimoine ?

En tous cas regardez bien cette photo qui résume à mon avis la problématique du patrimoine :


On y voit trois générations de panneaux, censés protéger les gens de chutes dans la Seine :
- les cadenas, accrochés sur des grilles métalliques en treillis qu'on ne voit plus
- un panneau en bois, cache-misère temporaire et très opaque (taggé évidemment)
- la nouvelle vitre, transparente et claire, toute neuve et qui nous laisse voir la Seine, sous l'pont des Z'arts"

Accessoirement un joli pont en-dessous et le Louvre derrière...

Quelle solution pour le patrimoine préférez-vous ?

jeudi 18 septembre 2014

Noyés

Vous avez entendu parler de ce n-ième fait divers sur les naufrages de bateaux d'immigrants qui quittent l'Afrique pour venir en Europe. C'était à côté de Malte (si bien placée au milieu de la Méditerranée). On parle de 500 morts. Tout le contraire du Cid :
"Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port"
Il n'y aurait que quelques survivants dont deux auraient raconté leur enfer et le sabordage par les passeurs (qui voulaient être payés plus évidemment). Ce meurtre de masse, s'il est avéré, est un paroxysme dans ce phénomène régulier et devenu tristement banal pour la plupart des médias et des décideurs.

Alors je ne résiste pas à l'horreur et vous recopie ici, pour la beauté, un message reçu ce matin d'un ami poète, Marc Delouze, que vous trouverez ici.



Pour vous, chers amisen signe de rentrée…
ce poème terminé la nuit dernière, qui rend compte du heurt de 2 réalités :
·         je rentre d’une semaine à Malte, où j’étais invité pour un festival de poésie, baignades comprises…
·         la  noyade de 500 migrants, il y a 2 jours, au large de Malte
comme si la poésie ne pouvait que s’insurger contre elle-même, parfois…
Marc Delouze

Valletta fiction

Tu crois que c’est la mer
Tu crois que c’est de l’eau
Mais ne sont que des mots
Qui enflent comme vagues de sable
Dans le dur désert du désir

Tu crois que c’est une ile
Tu crois que c’est un port
Tu crois ce que tu regardes
Mais tu ne vois que ton regard
Et n’entends que l’écho de ta propre voix

Tu crois que c’est la pierre
Tu crois que c’est la ville
Mais ce n’est qu’un décor
Pour un théâtre de souvenirs
A venir

Alors tu as plongé crois-tu dans le poème de la mer
Mais c’est l’Enfer qui t’a reçu
Et tu as bu à la source de la honte
Où l’Europe a coulé comme un os sans sépulture
Si ce n’est le silence abyssal d’Homère

Tu crois que c’est la mer
Tu crois que c’est de l’eau
Mais ce ne sont que des cris engloutis
Sous la houle de terreur
Qui désespère d’un quelconque rivage

Malte, septembre 2014
Marc Delouze

mercredi 17 septembre 2014

Surfer ou manger ?

Choc de nouvelles ce matin. On ne peut s'empêcher de les rapprocher.

La première :

Le nombre de "sites Internet" a officiellement dépassé un milliard et continue vaillamment sur sa lancée. Depuis un petit quart de siècle de l'Internet ouvert existe c'est le record. Evidemment, il y a site et site, des gros et des petits, des utiles et des inutiles, des beaux et des moches. Et on se dirige tout droit vers le nombre de trois milliards d'internautes, sans qu'on sache trop ce que ce mot veut dire, car il y en a des gros et des petits, des utiles et des inutiles, des beaux et des moches...

Ce qu'on retiendra de cette dépêche AFP qui n'a aucun intérêt, c'est autre chose : "Le revers de la médaille est que l’électricité consommée pour faire fonctionner internet a généré au moins 2,17 millions de tonnes de dioxyde de carbone (CO2) rejetées dans l’atmosphère rien que pour la journée de mardi, selon internetlivestats". C'est évidemment un calcul à la louche, mais vous devez être conscients que l'Internet bouffe une quantité énorme d'énergie en permanence. Et cela inclut "vous et moi" et l'électricité que nous consommons, celle de nos ordinateurs et chargeurs (même en veille), celle des serveurs dans le nuage, des fournisseurs d'accès et des milliers de relais entre eux, et des grandes fermes de serveurs derrière Google et les autres.

La deuxième :

La faim dans le monde ne régresse pas vraiment. On estime à 805 millions le nombre d'êtres humains qui en souffrent. Ce nombre a un peu baissé en général mais il a progressé dans certaines régions, en crise mais pas seulement : en Afrique et en Asie. Un humain sur neuf souffre de la faim dans le monde. Les fameux "Objectifs du Millénaire" qui prévoyaient des résultats ambitieux pour 2015 ne pourront pas être atteints, c'est maintenant officiel, dans ce domaine comme dans certains autres. Et les prévisions ne sont pas fameuses puisque nous devrions être autour de 9 milliards sur la planète aux alentours de 2050.

La clé reste l'agriculture évidemment et sa capacité à se développer dans des contextes géographiques et climatiques très différents, à coup de nouvelles technologies et de systèmes économiques qui l'aide à progresser.

Alors ?

On fait quoi ? On considère que ce sont des sujets étanches et indépendants ? ON vit n acceptant totalement le monde à plusieurs vitesses, avec des riches de l'Internet et de la faim contre des pauvres ? On utilise le premier pour aider le second ? On organise une grande conférence internationale de plus ?

L'actualité a cela de bien c'est qu'elle nous rappelle régulièrement, si on garde les yeux ouverts, qu'il est nécessaire de sortir de temps en temps de sa bulle pour observer, écouter, réfléchir et surtout... agir. Car il faut rester confiant et optimiste, non ?

Heureusement quand on regarde ce graphique on peut constater que là où il y a la faim il n'y a pas beaucoup d'Internet et inversement. Une bonne nouvelle ? Hum...

mardi 16 septembre 2014

La Confiance ou les fuites ?

Non, non, il ne s'agit pas d'une publicité pour les couches du troisième âge. Quoique certains parlementaires atteignent des âges canoniques surtout au Sénat. (Il parait que cette année pour les sénatoriales à venir il y a un nombre record de candidats).


C'est ce mardi qu'a été votée la confiance au gouvernement. En fait pas exactement puisqu'après un discours (un peu moins brillant que d’habitude) du Premier Ministre le vote de confiance a rassemblé une courte majorité relative de votants. Si on ajoutait les abstentionnistes à ceux qui ont voté contre le gouvernement, le résultat aurait été différent. Les fuites ont été nombreuses dans la soi-disant majorité, des frondeurs du PS à ceux qui y refusent l'unité, en passant par les écolos. Et pour la première fois le PS n’a pas eu la majorité. Il a fallu que les radicaux ajoutent leurs voix. Ca en dit long sur le nombre de frondeurs et sur la fragilité de l’alliance gouvernementale. Un parti majoritaire qui n’est plus majoritaire, seul.

Confiance ou absence défiance ne sont pas identiques, même si en politique française on les mélange souvent. Même le MEDEF a compris qu'il ne fallait pas trop tirer sur l'ambulance gouvernementale, en repoussant d'une semaine l'annonce officielle des mesures anti-sociales préconisées - et annoncées officieusement partout évidemment. Aller plus loin dans la surenchère aurait été mal venu. D'autant plus que Sarkozy devrait annoncer son retour en fin de semaine, dans l'indifférence majoritaire, et qu'il en rajoutera sur les mesures proposées par le patronat.

Le gouvernement Valls II est donc officiellement sur les rails. Le côté étriqué promet de jolis débats pour les votes importants de la fin de l'année, le budget avant tout. Par ordonnances ou pas ? Avec l'article 49-3 ou pas ? François et son Premier ministre sont rassurés sur cette vague correctement négociée. Mais une vague peut en cacher une autre, tous les pilotes de bateaux le savent bien. Et la marche de manoeuvre est très étroite.

Et parce qu'il n'y a pas que le Parlement français sur Terre, quelques nouvelles d'ailleurs :
- L'accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne a été ratifié ce jour simultanément dans les deux parlements (à Kiev et à Strasbourg). En même temps le parlement ukrainien a adopté la loi accordant plus d'autonomie aux régions de l'est pro-russes... Un heureux : Poutine... qui va pouvoir continuer sa stratégie visant à démanteler l'Ukraine morceau par morceau. A noter la semaine dernière la visite à Moscou d'une douzaine de parlementaires français du groupe d'amitié France-Russie pour soutenir Poutine contre l'Ukraine et l'Europe.
- Au Royaume-Uni, les trois grands partis représentés au Parlement ont signé ce jour une déclaration commune contre l'indépendance de l'Ecosse pour lui accorder plus de droits s'ils restent dans le giron de la Russie Grande-Bretagne.
- En Suède, le parlement est passé à gauche - avec cependant une forte poussée de l'extrême droite - et le parti féministe a créé la surprise en frôlant le seuil pour obtenir des députées.

lundi 15 septembre 2014

Ô Temps, suspends ton vol, y'a la grève à Air France

Hop, c'est bien la rentrée. Les grèves de la semaine s'étendent, mais c'est celle d'Air France dont on parlera le plus. Parce qu'elle touche les voyageurs hommes d'affaires, journalistes et politiques, ainsi que les vacanciers de septembre.

Que les huissiers de justice fassent grève touche moins la fibre émotionnelle du citoyen normal, sauf ceux qui ont un problème en justice en ce moment. Rappelons que les huissiers ainsi que d'autres professions ont été pointés du doigt dans un rapport récent qui critiquait leurs "fromages de la République". C'est une grève préventive et les autres professions concernées par le rapport surveillent avec attention ces éclaireurs de la démocratie nouvelle que sont... les huissiers. Intéressant, non ?

Que les inspecteurs du permis de conduire fassent grève, c'est une autre histoire. Il s'agit ici de demander plus de moyens et de formation pour cette profession qui croule sous un nombre de plus en plus important de demandes d'examens, 10 000 par jour semble-t-il. Nous vivons dans une société de la voiture, malgré tout ce qu'on raconte sur les autres moyens de transport. Les jeunes d'aujourd'hui ont besoin de ce sésame dans beaucoup de métiers. Et les délais s'allongent... C'est donc une grève normale et saine.

Pour les pilotes d'Air France c'est une histoire complètement différente. Elle ne fait pas l'unanimité chez les syndicats de pilotes, même si elle est majoritaire. Elle est surtout contestée par d'autres syndicats présents dans la compagnie, pour les personnels au sol ou navigants non pilotes (les fameux "PNC aux portes" qu'on entend dans les avions). La CFDT accuse cette grève d'être une grève corporatiste ! Ca sent bon l'ambiance chez Air France ! Comme toutes les compagnies nationales, Air France doit se restructurer pour proposer des billets moins chers face à une concurrence (le low cost) qui est de plus en plus organisée notamment sur les lignes rentables.

On vit chez Air France le même combat qu'il y a quelques années à la SNCF : les cheminots historiques voyaient d'un mauvais oeil l'arrivée de conducteurs avec un statut différent (moins intéressant en heures de repos, salaires et autres avantages acquis) et craignaient que ce double statut remplace l'ancien, surtout avec la création de plus en plus de filiales qui ne recrutent que des personnels au nouveau statut. C'est donc pareil dans l'aérien avec la création de Transavia, la branche low cost d'Air France, qui devrait se développer rapidement.

La posture du gouvernement sera intéressante à surveiller : fermeté confirmant un virage social-linéral avec accusations de la gauche de la gauche (qui va défendre les pilotes pourtant parmi les salariés les mieux payés) ou retour en arrière qui sera dénoncé par la droite comme une preuve supplémentaire de veulerie et par la gauche de la gauche comme une défense libérale des salariés les mieux payés... On voit que de toutes façons le gouvernement a à y perdre, même si Air France a le droit de décider ce qu'elle veut/peut.

Une grève dure de fanas corporatistes refusant un avenir radieux à leur employeur ?
Une grève salutaire pour défendre les droits acquis de tous les salariés et pour protéger les passagers ?
Le choix semble vite fait.
Il y aura peu de monde pour soutenir ces grévistes là.

Je conseille aux passagers en rade de s'abonner à Netflix disponible depuis le début de la grève (par hasard évidemment). Pendant le premier mois ils pourront au moins regarder des films et des séries gratos.

Cockpit de Concorde : sans pilote. Remarquez le Concorde de vole plus non plus...

dimanche 14 septembre 2014

Du temps de cerveau pour… une nouvelle cinglante

Sam était dans sa voiture à 10 heures 41minutes et 10 secondes ce mardi là. A cette heure il aurait dû travailler mais il avait commencé très tôt et avait décidé de prendre quelques minutes de détente. A son niveau de responsabilité, son employeur tolérait qu’il se repose de temps en temps, sachant très bien que Sam ne comptait pas ses heures.

Sam était contrôleur de temps, contrôleur en chef même. Son travail était de contrôler l’efficacité et la concentration de quelques milliers de travailleurs de la grande compagnie Sung&Co basés dans la Ville. Evidemment il avait sous ses ordres d’autres contrôleurs et son vrai travail consistait en fait à contrôler ces contrôleurs et à traiter quelques cas atypiques qui remontaient - rarement - jusqu’à lui. Sam savait que les contrôleurs en chef comme lui étaient eux-mêmes contrôlés par le grand contrôleur mondial.

Sam ne savait pas combien de personnes travaillaient pour la compagnie, ni combien de contrôleurs les surveillaient. C’était une information inutile, donc Sam ne s’en souciait pas. En fait, il n’avait jamais essayé de le savoir. Comme tous les citoyens du monde, il savait qu’il suffisait de demander une information et elle s’afficherait sur sa rétine. Il devait bien exister quelques informations confidentielles par-ci par-là, mais personne ne voyait l’intérêt de les chercher.

Sam avait demandé un jour à lire un texte sur l’ère pré-Connect, pendant qu’il était encore étudiant. Il semblait qu’à une époque lointaine les être humains n’étaient pas connectés en permanence. Ils devaient faire des efforts importants pour trouver une information, la traiter, l’analyser et en déduire une action. Avant la révolution Connect, il y avait une quantité incroyables d’efforts qui étaient perdus en vain pour des tâches sans intérêt. La lecture de ce texte avait démoralisé Sam pendant quelques instants. Il avait dû programmer une double dose de décharges dans son cortex pour se calmer. Une fois redevenu normal, Sam avait effacé le souvenir du texte de sa mémoire auxiliaire et n’avait gardé qu’un dégoût pour ce type de lecture, soigneusement codé dans son bracelet droit pour lui éviter tout problème ultérieur.

Sam avait gardé de cette expérience un désintérêt profond pour toute information qui ne lui était pas utile. Pourquoi s’encombrer la tête avec des « choses » qui lui feraient perdre son temps. Sam avait néanmoins profité de cette expérience. Ses paramètres personnels avaient évolué et il avait très vite progressé dans la carrière de contrôleur de temps. Sam était devenu l’un des meilleurs contrôleurs de sa génération, entièrement concentré sur sa tâche et sur les informations réellement utiles. Il savait repérer avec une grande précision les travailleurs indélicats et les autres contrôleurs inefficaces.

A 10 heures 41minutes et 10 secondes ce mardi là donc, Sam était en train d’écouter de la musividéo. Il avait choisi un morceau au hasard dans sa bibliothèque gauche. Il était tombé sur une grande illusion post-martienne et elle avait bien commencé dans les tons verts caractéristiques de ce courant très récent. Sam avait dérouté tous ses systèmes personnels vers ceux de sa voiture pour être entièrement plongé dans l’atmosphère créée par cette oeuvre d’art. Sa voiture mélangeait avec efficacité la musividéo, les mouvements sur la route - mélange de conduite automatique usuelle et d’écarts accordés à la musividéo - et le flux standard d’informations. La symbiose était vraiment très réussie, c’était vraiment un chef d'oeuvre. Seul le système d’alerte urgente était resté indépendant, comme toujours, mais Sam ne se souvenait pas de l’avoir vu activé.

A 10 heures 41minutes et 10 secondes ce mardi là, Le signal d’alerte urgente sonna et Sam fut instantanément coupé de son environnement. Tous les systèmes qu’il portait sur lui - et il y en avait beaucoup un peu partout - ainsi que ceux de sa voiture se focalisèrent sur l’appel en cours. C’était l’un de ses sous-contrôleurs en chef préférés. Deux secondes après, Sam savait tout du problème, une coupure dans sa zone. Une autre seconde encore et Sam avait agi. Le problème devait être résolu maintenant, se dit-il. Il attendit jusqu’à 10 heures 41minutes et 15 secondes pour en avoir la confirmation. Deux secondes pendant lesquelles les dernières traces de la musividéo s’effacèrent de sa mémoire. Sam goûta ces deux secondes. Il décida qu’il était temps de recommencer à travailler pleinement puisque de toutes façons sa transe s’était interrompue.

A 10 heures 41minutes et 15 secondes, rien ne se produisit. Ni même une seconde plus tard. A ce moment Sam était déjà en train de déclencher tous les mécanismes sur son corps. Tout semblait éteint, son bracelet-montre était gris, ses implants silencieux et sa rétine ne voyait que ce qui était devant lui. Sam n’avait jamais rien vu de pareil. D’ailleurs devant lui il n’y avait rien à voir. Juste une paroi gris sombre luisant faiblement dans le noir. Il savait que les voitures d’aujourd’hui n’avaient plus de fenêtres ni d’éclairage puisqu’elles étaient pilotées par Connect et que ses implants projetaient tout ce qui était nécessaire directement sur sa rétine. Sam n’entendait plus rien, ne voyait que ce gris.

10 heures 41minutes et 20 secondes, une éternité plus tard, Sam sentit un gros choc. Les amortisseurs de sa voiture évitèrent à Sam toute blessure. Il réagit en vrai professionnel, appuya sur le levier de secours, se dégagea de son siège moulé et des câbles et sortit. Sam vit alors directement le monde. Il était arrêté au bord d’une route. Sa voiture était rentrée dans celle qui le précédait même si Sam savait que c’était impossible. C’était le milieu de la journée et le soleil brillait. Sam s’était arrêté à un endroit dégagé. Il y avait des dizaines de voitures autour de la sienne. Toutes étaient arrêtées. Personne n’en était sorti.

Sam était seul. Connect semblait avoir disparu. Sam analysa les quelques données dont il se souvenait. Plusieurs problèmes pouvaient avoir causé cette situation inédite. En regardant le soleil, Sam eut l’intuition que la cause était là. Il savait que des éruptions solaires pouvaient causer d’importants problèmes électromagnétiques, mais il savait également que depuis Connect l’homme avait installé d’immenses boucliers pour protéger la Terre. Peut-être y avait-il eu une défaillance, ou alors une éruption beaucoup plus forte qu’anticipée ? Sam fut immédiatement rassuré. Si c’était une tempête solaire, le calme reviendrait après et tout s’arragerait. En tant que contrôleur en chef, il aurait beaucoup de travail pour réparer les dégâts.

Rien ne bougeait. Personne ne sortait des voitures. A 10 heures 42minutes à peu près, Sam se dirigea vers la voiture de devant et l’ouvrit avec le levier à main. Elle était vide. Sam ne fut pas surpris, il y avait toujours des voitures vides qui se déplaçaient guidées par Connect au cas où quelqu’un en aurait besoin. A 11 heures et quelques, Sam se gratta la tête. Il avait ouvert des dizaines de voitures et aucune n’abritait de passager. Sam se décida alors à marcher vers son bureau, siège social de sa Compagnie. Mais il s’arrêta tout de suite. Il ne savait pas où aller. Aucun signe distinctif ne lui permettait de voir où il était, physiquement. Pourquoi aurait-on mis des panneaux dans un monde où chacun était capable de se diriger en fermant les yeux ? Sam réfléchit quelques minutes. Son cerveau mettait du temps à réagir. Il avait l’impression que le temps s’était dilaté brutalement. Sam se mit à suivre la route.

Vers midi, Sam eut une sensation étrange. Il pensa avoir soif. Il s’arrêta près d’une autre voiture, l’ouvrit, constata qu’elle était vide encore une fois. Puis il prit la perfusion centrale de la voiture et la brancha sur lui. Mais rien ne vint à son secours. Tous les systèmes étaient morts. Sam ouvrit le panneau intérieur et arracha la bouteille d’eau. Elle était à moitié pleine et il la termina.

Le soir, Sam marchait toujours sur la route. Il n’avait pas croisé d’autres routes et tout était identique partout. Lorsque la nuit fut tombée, Sam ouvrit une voiture au hasard - vide évidemment - et s’installa pour la nuit. Il était épuisé. Il réussit à boire et à se nourrir avec le liquide épais et équilibré du placard. Ce n’était pas bon. On aurait dit du carton bouilli, se dit-il tout en ne sachant pas ce qu’était le « carton ». Pourtant dans sa voiture, à chaque repas, il avait dégusté des plats merveilleux avec des goûts et des saveurs si parfumés…

Sam laissa la porte ouverte. Il pouvait voir la lune et les étranges aurores boréales vertes dans le ciel rougeoyant. Sam ne comprenait toujours pas, mais il restait optimiste. Connect reviendrait. Il s’endormit.

Le lendemain matin, rien n’avait changé. Connect était toujours absent. Sam avait fait des rêves. Cela l’avait rassuré. C’était comme des musividéos en plus simple. Et ce matin Sam se souvenait de choses oubliées depuis longtemps. Il se souvenait par exemple du livre pré-Connect. Sam prit son déjeuner frugal et sortit à l’air libre. Il se fabriqua un sac léger et y mit ce qui lui semblait utile, puis il enjamba la barrière et quitta la route. Il regarda le terrain vague qui s’étendait devant lui, de la terre mélangée à du sable. Plat. Vide. Il voyait une autre route au loin, vaguement parallèle à la sienne. Si tout se passait bien il l’atteindrait avant le soir. Sam respira un grand coup et avança.

Il devait y avoir quelqu’un d’autre à contrôler.




samedi 13 septembre 2014

La Lilloise, La Courneuve et La Parisienne : quelle parade !

C’est samedi et c’est la Techno Parade : décibels et déhanchés (16° édition quand même). Itinéraire de combat pour cette édition puisqu’ils ont choisi un Nation-République-Bastille plus connu pour les manifs politiques ou syndicales d’envergure. Il s’agit de protester contre tous ces bourgeois qui n’aiment pas être obligés d’écouter de la mimique à plain les escouades jusqu’à quatre heures du matin. Que les bourgeois se rassurent : il y aura bientôt la Nuit Blanche et ensuite ils pourront dormir tranquilles. Malgré la nomination d’un Monsieur « Nuits à Paris », la ville reste très en deçà d’autres capitales au plan de la vie nocturne.

Le slogan est intéressant. On attend une explication claire, svp.


Mais ce n’est pas tout. Regardons du Nord au Sud.

A Lille Martine Aubry, à propos du vote de la confiance (ou pas) au gouvernement Valls (son cher ami), a annoncé que chaque vote devait être indépendant (« pour l’indépendance de chacun »). Clairement à gauche de la gauche sans être frondeuse, Martine invente donc le contraire de la discipline de parti, l’implosion du PS. Ce qui caractérise un parti de gouvernement en général, lorsqu’il gouverne, c’est que justement il discute en son sein pour adapter la stratégie de gouvernement et qu’ensuite il se soutient lui-même. Dire à chaque député de voter en toute indépendance est admissible sur des questions de société qui divisent tout le monde (de l’avortement au mariage pour tous en passant par la peine de mort). Mais lorsqu’il s’agit de voter la confiance ou le budget, c’est plus que bizarre. Je suis certain que Martine a déjà dit le contraire en d’autres circonstance… Mais souvent députée varie ! Les frondeurs, eux, ont annoncé vouloir s’abstenir « collectivement ». En toute indépendance donc ;)

A La Courneuve c’est le week-end de la fête de l’Huma, avec la gauche critique, comme ils disent, en ordre très dispersé. Chacun y tient des discours opposés sur un peut tout, sauf sur la critique du gouvernement. On voit de tout à la fête de l’Huma. On y voit même l’ex-trader Kerviel, largement soutenu en son temps par Mélenchon. On y croise des merguez et de la bière, de la musique et des chanteurs engagés. Le PC espère comme chaque année que les recettes seront à la hauteur car c’est l’une des principales sources de financement de l’année. Normalement, il pleut toujours le week-end de la fête de l’Huma. Pas cette fois-ci. L’effet François peut-être ?

A Saint-Cloud, feu d’artifice ce samedi soir. Un événement régulier mais payant et même très cher. Un feu d’artifice de luxe donc, pour privilégiés. On ne va quand même pas se mélanger, hein ? Je voudrais bien connaître la liste de ceux qui enchaînent Techno-Parade, Fête de l’Huma et Grand Feu de Saint-Cloud (et qui étaient à la Grande Braderie de Lille le week-end dernier)… Je ne compte pas la course de demain évidemment :

C’est La Parisienne, la course à pied des femmes dans Paris. On est un peu plus dans le bobo ici, au-delà des vraies sportives qui feront le déplacement. Le village de la course est au Champ de Mars en plein 7° arrondissement mais Rachida Dati n’aurait pas confirmé sa participation à cette heure. Là aussi il devrait faire très beau. Et soif.

C’est donc un week-end militant, avant la grande grève de rentrée des pilotes d’Air France qui veulent protéger leurs avantages acquis. Et avant le vote mardi sur la confiance au gouvernement. Septembre est un peu comme juin à l’envers, un mélange de manifestations politiques, de grèves syndicales et de célébrations festives. Il fait encore beau donc tout est possible et il faut en profiter.

vendredi 12 septembre 2014

Eruptions numériques

L'Internet mondial a été (un peu) secoué cette semaine.

A propos de le neutralité de l'interner, c'était mercredi la journée de protestation contre les projets visant à créer un Internet à des vitesses, un pour les riches (fournisseurs et clients) et un pour les pauvres (fournisseurs et clients). Si vous ne comprenez pas vraiment de quoi il s'agit, relisez ces billets publiés sur ce blog, ou regardez ce joli dessin publié sur un autre blog.

Il y a en effet un projet de loi aux USA contre cette neutralité et presque tous les fournisseurs de contenus protestent contre cette possibilité, demandée à cor et à cris par les fournisseurs de tuyaux. Eternel problème de plomberie, puisque l'Internet c'est de la plomberie et de la dynamique des paquets fluides qui parcourent les tuyaux. Quand les fluides sont trop lourds les tuyaux bloquent ou le débit ralentit.

En France, ce problème est peu évoqué pour une bonne raison : le marché des producteurs de tuyaux est resté traditionnel avec un France Télécom Orange qui domine le débat et qui pèse sur les décisions de l'Etat, tandis que les fournisseurs de contenus sont plutôt américains que français ou même européens. La position de la puissance publique est feutrée, floue et pas Net comme disent certains. Le nouveau gouvernement est pourtant assez ouvert et plusieurs ministres s'intéressent au numérique.L'Europe a clairement pris position (au Parlement européen d'abord) pour la neutralité du Net. Sur ce blog aussi incidemment.

L'Internet est un système fragile, il grandit dans toutes les directions et à chaque poussée de croissance, quelques coutures craquent dans ses habits qu'il faut retoucher en permanence.
- Il y la crise des adresses IP (bientôt plus assez d'adresses donc il faut passer à une nouvelle norme et beaucoup traînent les pieds depuis des années),
- la crise des DNS (les espaces disponibles sur des millions d'appareils qui assurent la circulation - les routeurs - et qui sont en train d'être complètement occupés),
- la crise des noms de domaines (avec des centaines de nouvelles adresses de haut niveau comme le .paris d'ailleurs qui vient d'ouvrir en pré-réservation),... et que sais-je encore.
Même Apple qui dispose de fermes de serveurs gigantesques et d'un réseau mondial de relais pour accélérer les transferts d'informations s'est planté ce mardi lors de la conférence, en faisant une petite erreur de codage sur sa page d'accueil, empêchant ainsi des multitudes de fans de la regarder en direct.

La manifestation symbolique de mercredi (Internet Slowdown Day) avait pour but de montrer à ceux qui ont bien voulu le voir ce qui se passerait si l'Internet était ralenti (à cause d'une voie express à côté). Peu de gens s'en sont rendu compte et c'est un débat qui touche plus les experts que le surfeur moyen. Mais un jour on aura peut-être des pancartes comme celle-ci :


Ce vendredi d'ailleurs la Terre est frappée par deux grosses éruptions solaires et il est possible qu'il y ait des répercussions électromagnétiques par-ci par-là, même si on est encore très loin de ce qui s'est passé à l'été 1859 (lisez c'est édifiant) - extrait : "Les aurores boréales générèrent ensuite des courants électriques dans le sol qui affectèrent les circuits électriques existants, notamment les réseaux de télégraphie électrique. De nombreux cas de télégraphistes victimes de violentes décharges électriques furent rapportés, ainsi que plusieurs incendies de station de télégraphie causés par les courants très intenses qui furent induits dans le sol."


L'Internet est fragile, comme la Terre. Notre dépendance à ce système bizarre est devenue énorme, même quand nous ne l'utilisons pas directement, car la plupart des machins qu'on ne voit pas et qui nous sont utiles utilisent l'internet. A moins d'être dans un coin isolé loin de tout, et encore. Il reste en effet les éruptions solaires et les astéroïdes.


jeudi 11 septembre 2014

Après la simplicité du système Apple, la complexité de la Commission européenne.

Aucun rapport entre Apple et la Commission européenne, sauf que chacun a construit un système.

On en parlait hier ici sur ce blog, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas Apple a construit un système cohérent et simple qui sert bien d’une part les intérêts économiques de la compagnie et qui apporte d’autre part des services efficaces et lisibles à ses clients. C’est un système commercial donc en général les utilisateurs ont le choix d’y entrer ou pas, sauf exceptions. Exit Apple, on verra bien ce que cela va devenir : on n’essaye pas de créer un marché tous les jours.

Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas l’Europe a construit un système cohérent mais ultracomplexe qui sert bien d’une part les intérêts de puissances inconnues du grand public et qui apporte d’autre part des services illisibles et méconnus aux citoyens européens. C’est un système institutionnel et politique pour lequel les utilisateurs n’ont pas le choix d’y entrer ou pas (en tous cas pas individuellement), sauf exceptions et « votations » collectives rares. Bonjour l’Europe : on verra bien ce que cela va devenir : on ne met en place une nouvelle commission européenne tous les jours.

Ce n’est donc pas du tout la même chose !

Voici l’organigramme de la nouvelle Commission européenne (en anglais seulement à ce jour)


Cliquez-dessus, ça vaut la peine. On appelle ça une organisation bordélique, transversale, dans laquelle chacun est au service des autres et rien n’est possible sans l’accord de plusieurs responsables. Finalement, le seul qui est clair là-dedans c’est celui qui est clair et transparent en haut : le président ! C’est donc un système pyramidal avec trois étages : le président, des vice-présidents sans pouvoir direct et des commissaires qui doivent obéir aux deux premier échelons tout en travaillant ensemble sur la plupart des dossiers. C’est une construction complexe; qui a l’air moderne mais qui est en fait un habillage tendance d’un bordel assumé donnant les pleins pouvoirs à un président omnipotent.

Pour aller plus loi, si vous allez sur la page officielle de présentation de la commission (toujours en anglais pour le moment) vous découvrirez la raison d’être des vice-présidents colorés, puisque chacun coordonne ou pilote ou est « liaison » de plusieurs commissaires. Cela devient encore plus « pas clair du tout ». Si vous avez le courage de lire les lettres de mission (oui je sais je radote, mais en anglais seulement pour le moment), c’est pire. Je pense que l’Europe n’a jamais été aussi complexe à comprendre et à décrire.

Nous nous dirigeons donc vers le contraire du mille-feuilles tant moqué en France : il s’agit plutôt d’un pudding bien mélangé avec quelques fruits confits qui flottent dedans. Je vous dis pas dans quelle mélasse on va pas se trouver !

Ceux qui croyaient que l’Europe était complexe sont dépassés par la réalité !

mercredi 10 septembre 2014

Révolution au poignet

Apple a présenté hier soir sa montre. Vous lirez ailleurs plein de trucs sur cette Apple Watch. Mais voici ce qui me semble important : L'Apple Watch n'est pas une montre.

Souvenez-vous de ce qui fait le credo d'Apple : concevoir et vendre des systèmes, en investissant de nouveaux marchés et en créant de nouveaux usages. Apple a rarement inventé complètement des technologies disruptives, mais Apple a souvent réussi à créer des systèmes qui ont réussi à s'imposer grâce à une alchimie complexe à construire et simple à utiliser.

Les premiers ordinateurs Mac ont permis d'assembler des techniques de bric et de broc pour en faire ce qui et devenu aujourd'hui la norme des ordinateurs : des interfaces utilisateurs qui se ressemblent toutes issues de ce modèle de base. Les anti-Apple rappellent toujours que les technologies existaient avant Apple, et ils ont raison, mais certaines technologies clés ont été créées par Apple ou rachetées par eux, et surtout l'assemblage tenait la route pour les gens normaux, pas les geeks et les genettes qui adorent encore de nos jours voir de la ligne de commande (si, si, il y en a, et pas seulement des informaticiens professionnels).

Le premier iPhone a bouleversé la vie de centaines de millions de gens, car qui oserait aujourd'hui sortir un smartphone non basé sur ces idées ? Comme pour les ordinateurs, Apple n'a pas la part de marché dominante (pour les téléphones c'est Google qui domine de la tête et des épaules, avec son modèle économique basé sur la publicité). Le premier iPhone était imparfait. Les versions 6 et 6 plus dévoilées hier sont un peu plus parfaites, 50 fois plus rapides et plus belles (une dimension nécessaire de tout produit). Mais finalement il n'y a pas de révolution ici : la liste des actions possibles avec un tel appareil s'allonge. Elle inclut le paiement sans contact, au cas où cette fonctionnalité se répandrait.

Le premier iPad a bouleversé le marché des ordinateurs en en créant un nouveau, celui des tablettes, omets bizarres et intermédiaires. Comme pour l'iPhone, personne ne savait trop quoi en faire. Un téléphone qui fait baladeur et ordinateur en même temps ? Ca a marché aussi pour l'iPad : un ordinateur réellement léger et entièrement tactile. Ce qui a compté, au-delà des applications et des périphériques, c'est le changement de lieu où l'on pouvait utiliser ces objets. l'iPad a amené l'informatique grand public sur le canapé, au lit, dans le transports, dans les porte-documents des hommes d'affaires, sur les chantiers, dans les sacoches des médecins... En décomplexant l'usage de l'ordinateur, l'iPad a ouvert des marchés pour des applications très différentes de ce qu'on avait avant. Alors, si le marché de l'iPad baisse, comme celui des tablettes et des ordinateurs, rien d'alarmant. Les informaticiens sourient en disant que c'était une fausse bonne idée. Ils se trompent comme souvent, car ils oublient les besoins des utilisateurs et la capacité d'inventivité, d'innovation et de créativité des utilisateurs pour trouver des solutions à leurs problèmes grâce à ce type de système. Rappelez-vous qu'au début personne ne comprenait l'iPad : juste un gros iPhone, disaient les critiques. La taille est importante pourtant. La taille dicte des usages différents, et seuls les usages comptent.

Apple nous a vendu un système global (matériels, logiciels-applications, réseaux-nuages, périphériques, boutiques en ligne, marketing-paiement...) qui apporte plein de confort et qui est ouvert même s'il reste propriétaire. Ce n'est pas un paradoxe et même les logiciels libres ou ouverts ou à code ouvert ont de temps en temps les mêmes difficultés. A la maison, Apple a essayé de nous vendre l'idée du Hub (le noeud) qui coordonne l'activité de pleins de machins périphériques. Un ordinateurs, plusieurs iPad autour par exemple. Ce modèle de hub domestique est riche d'évolutions, quel que soit le constructeur, avec un développement prévisible de la domestique. Mais il a été rejoint par un modèle plus vaste basé sur le nuage, le cloud, permettant d'étendre cette "caverne de Platon" au monde entier. C'est un modèle à la fois séduisant mais aussi très effrayant, pour la liberté de chacun, sa sécurité et pour la mémoire eu sens général du terme.

Apple s'intéresse donc à l'être humain lui-même maintenant. Celui qui se déplace, qui bouge, qui sort. La présentation d'hier me semble clair : Apple sonne le début du hub humain, celui qu'on transporte sur soi. L'iPhone en est le centre et tout le reste les périphériques. L'Apple Watch est le premier de ces périphériques. Il déporte les activités au poignet et profite des capacités du poignet avec ses capteurs. Ce périphérique (qui fonctionne avec l'iPhone) sera suivi d'autres et décliné. C'est le premier membre d'une nouvelle famille dont le coeur reste l'iPhone, l'iPhone étant lui-même membre d'une famille plus vaste à l'échelle de la maison, du bureau et du monde. Et les critiques répéteront qu'il y a déjà sur le marché des périphériques de ce type... mais ils oublient les systèmes et les usages.... et la force du marketing d'un groupe comme Apple.

Si vous regardez cette "montre qui n'en est pas une", vous verrez qu'elle peut servir comme montre (pour ceux qui aiment en porter au poignet), mais que ce n'est que l'un de ses usages, et pas le plus important. Ceux qui aiment porter des bracelets et des bijoux trouveront-ils cet objet à leur goût. Tout est une question d'habillage et de taille de poignet. Mais, ô combien étrange, Apple propose deux tailles d'écran. Un peu comme les montres pour petits poignets et gros poignets (femmes ou hommes par exemple, mais pas seulement). Apple essaye donc de créer un nouveau marché et un nouveau système. C'est pas rien. Ce n'est pas gagné évidemment. Ce sera gagné quand Samsung copiera cette montre, en croyant que c'est une montre ;)

Alors attendez-vous à voir surgir d'autres "périphériques", à porter sur soi ou ses vêtements, et pas seulement au poignet. Apple a fixé les bases d'un nouveau système, avec une interface utilisateur adaptée, et différente de celle du téléphone. C'est l'un des points forts d'Apple, les interfaces utilisateur et la simplicité des connexions.

On attend avec impatience de pouvoir la tester en vrai, ici sur ce blog (message subliminal/surliminal à la division "relations avec la presse" d'Apple ;))