mercredi 6 décembre 2017

Johnny

Bloguer ou ne pas bloguer, telle est la question.

Si on bloguait à chaque décès d'une personnalité, on ne s'arrêterait jamais et ce ne serait plus un blog mais le carnet mondain (du Figaro). Jean d'Ormesson (du Figaro entre autres) est mort juste avant Johnny Hallyday. Deux Jean. Deux hommes de droite et deux monstres sacrés, que rien ne rapproche et pourtant ils sont nombreux ceux qui les associent dans leurs hommages.

Parlons de Johnny alors. Il ne sert à rien d'en parler en détail, puisque les médias et les conversations sont pleins de nécrologies, rétrospectives et interviews préparés depuis des mois, ou en tous cas des semaines. 58 ans de carrière c'est long et ça a produit beaucoup de mémoires un peu partout. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas.

Prenez mon cas, pour ce qu'il pèse, c'est-à-dire une demi-cacahuète. Je n'ai jamais vraiment aimé le chanteur Johnny, un homme à la fois au coeur de la musique en France et à côté de la musique du monde, mais l'homme était attachant. Je connais beaucoup de ses chansons, puisque c'est cela être français d'un certain âge, et je suis même capable d'en chanter (faux) quelques-unes. J'ai également beaucoup aimé le film Jean-Philippe dans lequel il jouait son propre rôle transposé dans un univers où il n'existait pas. Fin de l'hommage.

Je me suis réveillé ce matin avec France Inter et le Pénitencier, le morceau américain que tous les guitaristes du monde savent jouer. Pas besoin d'être très éveillé pour comprendre qu'il était mort dans la nuit. Une orgie de paroles et de sons a commencé à se déverser sur nous depuis ce matin. Des paroles pas spontanées car tous avaient préparé leurs textes et autres éléments de langage. Un cancer mortel, c'est une affaire dont on ne sort pas facilement, même quand on est fort.

On est peu de chose. L'avalanche médiatique est à la fois positive, nécessaire et écoeurante. Demain, promis, je complèterai ce billet avec des Unes célébrant Johnny, comme c'est le cas avec les grands événements (Fait : voir menu à droite en bas). D'Ormesson aura droit, lui, à un hommage national aux Invalides. Et Johnny ? Le Panthéon ? Le Fouquet's ? (Les Champs !)


On n'a pas le droit de se moquer des morts, ni des idoles, et pourtant certains le font et essayent de récupérer à leur profit cette disparition, comme toujours. Je me suis donc tâté. A quoi cela sert d'écrire un billet ? En fait, j'avais envie de parler du phénomène total qui se produit depuis ce matin. Pas de l'homme disparu, ni de sa famille/tribu qui entame son deuil. Pas de l'homme public qui a interprété tant de chansons, donné tant de concerts et aidé tant de jeunes.

C'est la fin d'après-midi. L'orgie d'hommages est devenue intolérable. Trop d'hommages tuent l'hommage, même s'ils font vendre de la copie. On dirait que l'idole, devenue symbole, a pris le dessus sur l'homme. Une sorte de voyeurisme indécent qui jette le monde dans une stupeur curieuse, comme les badauds après un accident de la route. Je suis certain que si j'avais attendu la semaine prochaine ou un peu plus, ç'aurait été un autre billet. Et alors ?

Vivement que cette période agitée prenne fin et qu'on puisse écouter du Johnny (ou du Neil Young ici gratuit). CNN parle du "French Elvis". Beaucoup en France ont l'impression de perdre un membre de leur famille, cela faisait si longtemps. Il y en a d'autres qui restent, et puis on peut espérer que de nouveaux arrivent. Ceux qui disent qu'il n'y aura jamais plus d'idole comme lui sont des vieux. Point final.


mardi 5 décembre 2017

Du temps de cerveau pour... une nouvelle concordance des temps

Le verre de vin a taché son pull. On fait une belle famille d'étourdis, tiens ! J'ai rempli son verre avant qu'elle ne serve la soupe et si je ne l'avais pas fait, le vin n'aurait pas inondé la table et son pull. Et elle, elle n'a pas fait attention à ce verre qui a touché son pull quand elle s'est penchée vers la soupière. Des maladroits, je vous dis. Et c'est comme ça depuis des années. Pas un pour rattraper l'autre.

Heureusement, c'est facile à corriger. Je rembobine le temps de trente secondes, comme d'habitude et ensuite (ou avant ?) je ne remplis pas son verre. Voilà. Maintenant, le verre tombe, mais il est vide. Elle dit "Merde", s'excuse et me sourit. Je l'aime, ma sœur.

Trente secondes, ce n'est pas beaucoup, mais ça peut changer beaucoup de choses, vous savez. Evidemment, il faut réagir vite. Avec les années, je me suis amélioré. Elle ne s'en est jamais rendu compte. Ni personne d'autre d'ailleurs. Comment pourraient-ils ? Eux, les autres, vivent dans le présent. A ma connaissance je suis le seul à pouvoir revenir dans le passé et à le modifier. Même pour trente secondes.

Je n'ai jamais compris pourquoi j'avais ce don. Mes parents ne m'en ont jamais parlé et je n'ai jamais rien lu sur le sujet. Ma soeur ne l'a pas, j'en suis certain.

Je me souviens parfaitement de la première fois où je m'en suis rendu compte, à sept ans. Ma mère me tirait par la main, je ne voulais pas aller chez le dentiste. Elle a posé le pied sur la chaussée, le bus est arrivé, elle m'a lâché, et le bus l'a tuée net. J'ai voulu rattraper sa main, mais elle était déjà partie. Alors j'ai souhaité de toute mon âme qu'elle n'ait pas lâché ma main et que j'aie été assez fort pour la retenir. Et je suis revenu au moment où elle levait la jambe pour traverser. J'ai revécu ce moment une deuxième, puis une troisième fois. Et j'ai compris. La quatrième fois, j'ai serré très fort sa main et tiré de toutes mes petites forces. Ma mère s'est retournée, surprise et a suspendu son mouvement. Le bus est passé. Elle a frissonné. Je l'ai serrée si fort, ce jour-là...

J'ai essayé de lui dire, mais elle m'a regardé avec tellement d'amour... Je n'ai plus protesté pour aller chez le dentiste. Ni après ce jour non plus d'ailleurs. Je suis même devenu médecin.

C'est drôle comme la vie ne tient parfois qu'à un fil, à quelques secondes près. J'ai beaucoup joué avec mon talent, je me suis amusé à changer des détails ridicules de la vie pour voir. C'est là que j'ai compris que je ne pouvais sauter en arrière que de trente secondes exactement. J'ai donc appris que je n'étais pas tout-puissant. Je n'ai pas pu "ressusciter" ma mère quand elle est morte du cancer quelques années après. Je n'ai jamais pu sauver quelqu'un d'autre d'une mort accidentelle. Je n'ai jamais pu gagner au loto, mais j'ai réussi à gagner de nombreuses fois à la roulette en misant au dernier moment, avant de me faire interdire de casino. Ça m'a aussi beaucoup servi pour mes études. Finalement, ce don m'est devenu familier. Aujourd'hui je ne l'utilise que pour consolider les petits plaisirs de la vie et pour corriger certains gestes médicaux en urgence. Personne ne me croit, pas même ma sœur, qui trouve mon côté savant fou très charmant.

Avec le temps, je me suis persuadé que ce talent n'avait que des côtés positifs. J'ai pourtant souvent remarqué des "traces" du passé alternatif dans le présent. Un regard, un rire, une réminiscence inexplicable d'un passé que j'ai effacé, comme s'il avait quand même laissé une impression. Comme le frisson de ma mère à côté du bus. C'est étrange. En bon scientifique, je ne l'explique pas. Pas grave, puisque mon don ne s'explique pas non plus.

Ce soir au dîner, nos invités, qui s'étaient esclaffés après le vin renversé, ont juste souri en voyant le verre vide tomber sur la table.  Je suis habitué à ces réactions avant-après très différentes. Pourtant... Pourtant, ce soir, la femme qui est en face de moi a éclaté de rire. Exactement comme la première fois, avec le vin. Le même rire. Tout le monde l'a regardée et les autres ont commencé à rire de nous : ma sœur pour avoir été maladroite, et moi pour ne pas avoir déplacé son verre (vide) avant. J'ai souri. La femme m'a regardé dans les yeux. J'ai frémi. Nous ne la connaissions pas avant ce soir. Une amie d'amis. Elle est extraordinairement belle et très détendue. Elle n'est pas accompagnée et les hommes autour de la table lui lancent des regards de coq. Les femmes évitent de parler avec elle. Je me demande pourquoi elle est venue.

Elle m'intrigue. Je sens chez elle quelque chose de différent. Elle joue un rôle et je n'aime pas ça. Je décide de tenter une expérience.

J'attends le moment où elle boit une gorgée de vin et je rembobine. Plusieurs fois. Une centaine de fois. Personne ne s'est rendu compte de rien, naturellement. Mais maintenant ses joues sont un peu plus roses. Comme si elle avait bu plus qu'une gorgée. Puis, je laisse le temps se dérouler. Elle est silencieuse maintenant. Elle semble comme éteinte. Mais elle lève la tête et me regarde dans les yeux. Un regard de flamme qui me fait rougir. Je soutiens son regard pendant quelques secondes, puis elle baisse les yeux. Elle ne dira plus que quelques mots jusqu'à la fin du repas et progressivement elle a arrêté de capter l'attention des convives. Personne n'aime les gens qui ont le vin triste, ou les femmes qui boivent trop.

Je suis content de ma petite expérience. C'est bien fait pour elle.

Et puis, juste au moment où je bois une gorgée de vin, elle a allongé la jambe vers moi et a posé son pied nu (nu ?) sur ma cheville. J'ai ressenti un choc électrique tellement puissant que j'en ai lâché mon verre. Maintenant c'est mon pull qui est taché et tout le monde a éclaté de rire. Sauf elle. Je murmure quelques mots d'excuse et je rembobine. Moi, ridicule ? Jamais, si je peux l'éviter !

Je rembobine et tiens fermement mon verre de vin juste avant qu'elle ne me touche. Je suis certain d'avoir réussi, mais pourtant je me tache. Dix fois, je reviens en arrière et dix fois je renverse ce foutu verre. Elle me regarde toujours. Je me sens un peu saoûl. Je décide de laisser passer. Je me lève de table en bredouillant des excuses et je me dirige vers la salle de bains pour mettre mon pull à tremper dans l'eau froide.

C'est là qu'elle me rejoint. C'est là que nous faisons l'amour. C'est là que je rembobine mille fois le moment où nous jouissons. Je sais qu'elle n'en aura qu'un souvenir diffus, de ces multiples orgasmes, mais moi je suis pleinement heureux de les revivre. Et tellement de fois !

J'ai dit mille fois, mais je ne sais plus. Nous sommes maintenant tous les deux debout contre le mur, épuisés. Elle me regarde et me caresse la joue.

- J'aime faire et refaire l'amour avec toi, dit-elle. Moi c'est trente secondes, et toi ?

mercredi 15 novembre 2017

Du temps de cerveau pour... une nouvelle sur les 40 ans du RER

Cette nouvelle est aussi publiée ici et vous pouvez voter pour elle ;) si le coeur et votre veste vous en dit assez. 
"Création réalisée dans le cadre du Prix Les 40 ans du RER"... C'est assez lisible ?




Au moment de partir au travail, à la course comme d'habitude, Jean décide de changer de veste. Il est déjà en retard et risque de rater le 7h14, mais c'est plus fort que lui. C'est vendredi aujourd'hui, non ? Pourquoi ne pas mettre une veste de couleur à la place de son éternel costume terne ? 

Ces derniers jours, il lui semble bien avoir vu quelques hommes porter des vestes colorées, comme des îles de bonheur dans un océan de grisaille. Pourquoi pas lui ? Il a justement une veste rouge, plutôt fuchsia, depuis sa rencontre avec...

Il s'ébroue. Ce n'est pas le moment de penser à elle. Elle ne reviendra pas. Elle le lui a dit très clairement.

Jean est maintenant dehors. Il marche vite pour essayer de rattraper un peu son retard. Il a fallu vider toutes ses poches, y faire le tri comme quand il était gamin, et les transvaser dans la nouvelle veste. Il a quand même gardé plusieurs trésors essentiels qu’il ne peut pas ne pas trimballer. La dernière lettre de Julie et ce petit caillou... Essentiels, vous dis-je.

En arrivant sur le quai du RER, il voit avec soulagement que son train a trois minutes de retard. Il ne le ratera pas. "Pour une fois que j'apprécie un retard", pense-t-il avec un grand sourire. Il se sent bien dans sa veste ce matin. Il a surpris quelques regards de femmes et d'hommes. Il a même vu un homme avec une jolie veste bleu électrique. Ils se sont souri. Complices.

Jean est debout dans le train, accroché à la barre. Il a le regard dans le vague. Lorsqu'il arrive à sa station favorite, celle où Julie est montée ce jour-là, il a un petit pincement au cœur. Comme à chaque fois. Aujourd'hui, le musicien est encore là. Cela fait presqu'une semaine qu'il le voit et qu’il entend cet air lancinant, joué avec une sorte de flûte, un instrument exotique dont il ne connait pas le nom. La musique entre dans le wagon par les portes ouvertes comme une bouffée d'air frais et reposant. Autour de lui, les visages se détendent.

Puis les portes se referment. Julie n'est pas montée. Il le savait, mais il n'a pas pu s'empêcher de l'imaginer, de l’espérer. Quelques notes de musique, elles, sont restées. Elle flottent longtemps, au-dessus des bruits habituels du wagon. Au prochain arrêt, la musique a (déjà ? enfin ?) disparu. Jean pense qu'il doit s'acheter aujourd'hui même une autre veste de couleur. N'en avoir qu'une n'est pas une solution.

C'est ce qu'il fait d'ailleurs, à l'heure du déjeuner. La jolie vendeuse lui fait remarquer que le rose lui irait bien. Il se décide. Elle sourit et lui confesse qu'il y a un regain d'activité sur les vestes de couleur depuis peu. Ils sont en rupture de stock sur le turquoise. Mais ils en auront la semaine prochaine. Jean en réserve une. Il ne sait pas pourquoi, mais il en a envie.

La journée de Jean se déroule comme dans un palais de délices mais il a hâte de rentrer. Et de repasser par cet arrêt. Le musicien est d’ailleurs toujours là et sa musique toujours aussi fascinante.
C'est le samedi soir, le lendemain, en rentrant de ses courses en ville qu'il voit Julie sur le quai. Elle donne une pièce au musicien. Elle est habillée en bleu étincelant. Exactement la même nuance que la veste qu'il vient d'acheter. Il a passé l’après-midi dans les boutiques de vêtements mais n'a réussi à trouver que deux vestes de couleur qui lui plaisaient. Rupture de stock partout.


Jean sort du RER et s'approche du musicien et de Julie. Elle lève les yeux et lui sourit. La musique est comme un cocon autour d’eux. Leurs yeux se rencontrent. Ça faisait si longtemps. Le musicien lève les yeux et sa flûte vers eux. Jean baigne dans la couleur et le bonheur. Mais n'est-ce pas la même chose ?

...

Le lundi suivant, Jean et Julie vont ensemble vers Paris, la main dans la main. Le musicien est parti, certainement vers une autre ligne. 


Mais cela n'a pas d'importance car presque tous les habitués de la ligne ont maintenant une veste de couleur.

vendredi 10 novembre 2017

Un auteur et des lectrices passionnés, ou passionnées, ou passionné.e.s

Les débats sont relancés dans la société, sur le rôle politique de la langue française, un rôle qu'il est évidemment impossible d'ignorer, même si pendant des années il a été oblitéré par des hommes soumis à la règle commune de l'Académie française, un classique d'immortels peuplé de bien peu d'immortelles.

Il y a cette pétition, celle de celles et ceux qui refusent que le masculin l'emporte sur le féminin. Une pétition initialement signée par 314 experts et expertes. Un clin d'oeil du français aux maths, et au genre de π, le rapport entre le périmètre d'un cercle et son diamètre, ou entre la longueur d'une orbite et son apogée (à quelques pouillèmes près).

En prônant la règle de proximité, ou celle de la majorité ou celle du choix sur la règle du masculin, ces professionnels de la langue osent enfin mettre en avant une aberration politique de notre système national. Ce qui est plus intelligent que la règle de l'écriture inclusive qui met d'ailleurs toujours le masculin en premier, suivi entre deux points du féminin, comme si c'était encore plus marqué. Que préférez-vous ?
- Un lecteur et mille lectrices fascinés par mon blog (la règle actuelle)
- Mille lectrices et un lecteur fascinées par mon blog (la règle de la majorité)
- Un lecteur et une lectrice fascinées par mon blog (la règle de la proximité)
- Mille et un.e lecteur.rice.s fasciné.e.s par mon blog (écriture inclusive si j'ai bien compris)
- Une lectrice et un lecteur fascinée par mon blog (la règle de mon choix, dans ce cas précis)

La règle du choix est de toute évidence la plus riche, la plus poétique et elle traduit au mieux les intentions de l'auteur. Elle passe un message explicite au lecteur, puisqu'après tout la langue ça sert à communiquer, donc à envoyer des signaux d'un endroit à un autre. Pourquoi ne pas se lancer et amener la langue à se plier aux volontés de ceux qui la pratiquent ?

J'ai donc signé cette pétition d'Eliane Viennot sur change.org, et je souhaite qu'elle soit signée par vous aussi, si vous le voulez bien. Elle est plus ouverte et notamment à la francophonie des coeurs, peu importe leur sexe. Et tant que vous y êtes, regardez l'une de ses conférences, sur la féminisation des titres. Pour clouer le bec aux hommes qui ne veulent pas entendre parler d'autrice, elle leur rappelle qu'auteur vient du latin autrix, par exemple.

Le pouvoir est le pouvoir, et il utilise toutes sortes d'armes pour s'installer, se renforcer, se maintenir ou s'obtenir par la force contre d'autres pouvoirs. Il n'y a pas que le harcèlement (sexuel ou moral) comme arme. La langue est un outil comme les autres, même si certains font profession d'entretenir, de peaufiner cet outil. Et l'outil - ou l'arme - ne doit jamais être vu comme indépendant de s personnes qui l'utilisent, pour leur compte ou pour le compte du pouvoir auquel ils sont affiliés, même inconsciemment. Ce genre de réflexion est donc particulièrement bienvenu. Comme une réaction positive au climat ambiant. Pourquoi se limiter à des critiques quand on peut agir soi-même ?

Il est bon de temps en temps que des intellectuels motivées agissent.

mardi 24 octobre 2017

Du temps de cerveau pour... une nouvelle tasse de café

C'est le matin et il pleut. "Il pleut encore" se dit Lucien. Il est toujours dans son lit et c'est le bruit de la pluie sur les vitres qui l'a réveillé, en même temps que le jour blafard de cette fin d'automne. Lucien n'est pas un lève-tard, mais ce matin, il prend un peu plus de temps que d'habitude pour sentir son corps bouger contre les draps. Pour s'étirer. Lucien est grand et quand il s'étire, ses pieds dépassent presque du matelas.

Aujourd'hui est un jour comme les autres pour Lucien. Son programme est immuable et comme fixé pour l'éternité.

Il va se lever, se doucher, se préparer, se fignoler. Puis il va sortir, marcher quelques centaines de mètres vers son bureau en empruntant toujours le même itinéraire. En chemin il s'arrêtera au bar du coin pour son café-croissant, il y lira le journal et les programmes du jour, discutera avec la serveuse et se réveillera vraiment. Ensuite il arrivera à son bureau, saluera ses collègues et s'installera à son poste de travail. A gauche, il y aura la pile de papiers à lire et à tamponner (ou non) et à droite la corbeille vide qui va se remplir progressivement. Il fera ses pauses obligatoires, rythmées comme le pas cadencé des militaires de l'Armée qui parcourent les rues. A chaque pause, un café. Il y en a trois en tout, ça lui fera cinq cafés dans la journée car à la pause de midi, il prendra un double après son repas à la cafétéria. Le soir, il sortira à l'heure précise où il doit sortir et il rentrera directement chez lui par le même chemin, pour dîner avec son doggy-bag du midi et il regardera les programmes de la Tri-télé.

Lucien aime son travail et la routine qu'il y trouve. Il travaille tous les jours. Comme la plupart de ses collègues, il ne prend jamais de repos ni de jour de congé. A quoi bon ? Qu'y aurait-il d'autre à faire ? Un jour par semaine - mais pas aujourd'hui - il s'arrête au supermarché du coin et achète les produits nécessaires à sa vie quotidienne. Un supermarché entièrement automatisé. Il ne manque de rien. Il est heureux.

Lucien se lève enfin. Il a peut-être pris quelques minutes de retard, mais ce n'est pas grave. Ça lui a fait du bien. Il lira un peu moins longtemps le journal ce matin. De toutes façons les nouvelles sont toujours les mêmes. La Guerre continue et l'Armée progresse. Tout va toujours bien.

Lucien s'habille. Dans un grand élan d'originalité, il a fermé les yeux au moment de tirer au hasard un foulard de son tiroir. C'est un foulard vert qui est sorti. Il le regarde un instant avec surprise, mais c'est comme ça. Quand le foulard est tiré, il faut le mettre. L'originalité n'est pas une caractéristique de Lucien, ni de son époque d'ailleurs. Il ne se souvient plus de la dernière fois où il l'a mis. Il ne se souvient même plus d'en avoir un de cette couleur. Mais un tirage est un tirage. Il le met autour de son cou et le noue comme il se doit, comme il en a le droit, compte tenu de son statut.

Lucien est dehors et marche dans la rue. La pluie s'est arrêtée, comme il convient, pour ne pas gêner la circulation. Il y a 225 pas jusqu'à son bar habituel en moyenne. Ce matin, peut-être que Lucien est un peu plus allègre que d'habitude car il n'a besoin que de 219 pas. Presque un record, se dit-il. Il entre dans le café.

Il y a un attroupement devant le comptoir. La serveuse a une conversation agitée avec un homme en tenue de réparateur, et la machine à café gît béante à sa place, ses entrailles offertes de manière indécente au regard de Lucien. Des pièces jonchent le comptoir. Lucien comprend tout de suite qu'il y a un problème. Mais Lucien n'aime pas les problèmes. Il ne reste que quelques instants dans le bar et ressort. Il se passera de son café ce matin, tant pis. Il n'y a en effet aucun autre bar sur son chemin.

Lucien marche encore une centaine de pas et arrive à un croisement. Son estomac gargouille. Il est pris d'une envie irrésistible de café-croissant. Il ne tiendra jamais jusqu'à sa première pause.

Alors Lucien tourne à droite au lieu de continuer tout droit. Il va chercher un autre bar. Il en a trop besoin, trop envie. Il rajuste le noeud de son foulard et marche bravement en terre inconnue. Il sait que le plan de la Ville est rectangulaire et qu'il pourra toujours retrouver sa route.

Lucien marche mais ne voit aucun bar. Il ne demande évidemment rien aux rares passants pressés qu'il croise. Ce serait tellement incongru. Il tourne plusieurs fois mais n'aperçoit rien. Il commence à s'inquiéter. Il est impossible qu'il n'y ait qu'un seul bar dans son quartier.

Lucien s'arrête soudain au milieu du trottoir. Il n'a rien vu mais il vient de sentir l'odeur du café. Il tourne lentement sur lui-même. Juste derrière lui, il y a un bar. Un bar très petit. Comment ne l'a-t-il pas remarqué en passant devant. En tous cas, c'est bien d'ici que vient l'odeur de café. Lucien regarde autour de lui. Personne. Il se décide et entre dans le bar.

Le bar est effectivement très exigu. Il n'y a la place que pour le comptoir et une table avec deux chaises. Aucun client. Derrière le comptoir, une serveuse le regarde en essuyant une tasse. Lucien sursaute. On dirait la même serveuse, et pourtant elle semble très différente. Comme s'il s'agissait de deux soeurs jumelles, celle-ci semblant pourtant beaucoup plus... éveillée ? nature ? pétillante ? Lucien hésite, mais la serveuse lui parle déjà :

- Bonjour Monsieur.
- Bonjour.
- Que puis-je faire pour vous, Monsieur ?
- Un café et un croissant, s'il vous plaît.
- Ca marche !

Lucien sourit. Le ton joyeux de la serveuse le rassure. Tout est normal ici. Peut-être même mieux que dans son café habituel. Plus intime, aussi. Il se détend. Le journal est plié soigneusement sur le bar, comme il se doit. Il le prend et commence à le lire en attendant son café-croissant.

Mais il a un sursaut en regardant la première page. On y parle de la Guerre, évidemment, mais les nouvelles ne sont pas bonnes. L'Armée perd du terrain et la Ville est même menacée d'invasion par l'Ennemi. Lucien est fasciné. Jamais il n'a lu de telles nouvelles. Et sans prévenir, comme ça ? Du jour au lendemain ? Il ouvre et lit les pages intérieures. C'est incroyable. Tant de détails, pourtant réputés secrets sur les mouvements de troupes. Et aucune bonne nouvelle. Et pas de programme de Tri-télé !

- Votre café va refroidir, Monsieur.

La voix de la serveuse l'a fait sortir de sa transe. Il s'ébroue, murmure quelques sons incompréhensibles, même pour lui et boit une gorgée de café. Il écarquille les yeux. Le café est fort. Et bon. Bon comme doit l'être un rêve de café. La serveuse le regarde en souriant.

- Merci mademoiselle. Votre café est très bon.
- Merci Monsieur. Votre croissant aussi va refroidir.

Lucien regarde le croissant. Il est parfaitement doré. Il en mord une corne. Puis il enchaîne avec une autre gorgée de café. Sublime ! Un délice parfait. Pendant quelques instants, Lucien n'est plus que la somme de ses cinq sens en dévorant ce petit-déjeuner parfait. Même le bruit du croissant qui se brise sous ses dents est doux comme le contact de ses draps sur son corps le matin.

Lucien a fini. Il se sent rajeuni et plein d'une énergie fantastique. La serveuse le regarde toujours. Aucun autre client n'est rentré.

- Je vous offre un autre café, Monsieur ? C'est sur la maison.
- Volontiers, mademoiselle. Merci.

La serveuse s'affaire. Elle a pris sa tasse, sa soucoupe et sa cuillère et les lave. Il réalise alors qu'il n'y pas d'autre tasse. Puis elle prépare le café. Elle lui tourne le dos et Lucien la regarde. Il sent s'éveiller en lui un désir incontrôlable.

Lorsqu'elle se retourne, avec la tasse pleine à la main, elle arbore un sourire encore plus large qu'auparavant. Lucien ne peut détacher ses yeux de la serveuse. C'est comme s'il la voyait tout entière à la fois, du haut en bas.

- Attention, c'est chaud, Monsieur.
- Merci mademoiselle.

Lucien et la serveuse se regardent. Ils n'ont échangé que quelques mots banals, mais Lucien sait que quelque chose d'extraordinaire s'est passé. Il ne veut plus partir du bar. Il se sent bien ici. Alors il commence à parler à la serveuse. Ils discutent longtemps. Leur conversation est à la fois très délicate et très animée, comme si le temps allait les rattraper. Lucien ne saura plus jamais ce qu'ils se sont dit pendant cette rencontre, ni elle.

Puis l'horloge derrière le bar sonne l'heure juste. L'heure où je dois être au bureau, se dit Lucien en souriant. Mais ils continuent à parler. Au fond de lui, loin, très loin, Lucien sait qu'il contrevient à la Loi. Une absence injustifiée au travail est quelque chose d'absolument inimaginable. Il n'a manqué qu'un seul jour dans sa vie, lorsqu'il avait été trop malade pour bouger, mais il avait prévenu. Etrangement Lucien n'a pas peur. Il ne se sent pas coupable. Il est tellement bien ici. Avec elle. Et elle aussi a l'air de se sentir parfaitement bien.

Lucien sait que cela ne peut pas durer. Il va falloir qu'il réintègre la société. Ou alors l'Armée va venir le chercher. Nous sommes tous si faciles à localiser, pense-t-il. Normalement, en quelques heures, n'importe quel fugitif est récupéré. Mais Lucien s'en fiche. Il est tellement heureux ici, lui qui croyait avoir été heureux avant.

Puis il a une pensée qui le glace. S'ils viennent ici le chercher, ils trouveront aussi le journal. Il a compris depuis longtemps que ce journal était différent du journal habituel. Que sa vérité était d'une autre nature que la vérité officielle. Ils seront alors furieux et arrêteront aussi la serveuse. Il ne veut de cela à aucun prix. Il veut la protéger. Maintenant et tout le temps. Pour toujours. Il le dit à la serveuse et celle-ci éclate d'un rire cristallin.

- Nous ne risquons rien, Lucien.
- Tu est sûre, Léa ?
- Oui. Ici nous somme protégés. Regarde.

Lucien suit du regard la direction qu'elle indique. La rue. La rue, qui est maintenant noire de monde. On voit des militaires passer en grappes. Mais personne ne regarde le bar.

- Nous sommes invisibles, tu sais ?
- Invisibles ? Mais comment ?
- Je ne sais pas, mais nous le sommes.
- Mais moi, dit Lucien, j'ai bien vu le bar, non ?
- Toi, ce n'est pas pareil. En plus, tu l'as senti.

Elle sourit. Lucien aussi. Léa sort alors de derrière son comptoir et vient se placer devant lui. Tout près. Elle défait tranquillement le noeud pourtant complexe du foulard vert et Lucien se sent soudain un autre homme. Ils s'embrassent. Longuement. Tendrement et fougueusement. Lucien s'enivre de son odeur. Ils font l'amour sur le sol même du bar, entièrement nus.

Lucien ne sortira plus du bar. Ils seront la plupart du temps tous les deux derrière le comptoir, à laver et relaver l'unique tasse en discutant de tout et de rien. Des livraisons auront lieu puisqu'une fois par semaine, l'arrière boutique sera ré-approvisionnée pendant la nuit, alors qu'ils dormiront dans la petite chambre au-dessus du bar. Chaque matin, le journal arrivera. Un journal qui raconte la vraie Guerre, celle que son pays est en train de perdre. Ils suivront l'avancée des troupes, tout en sachant que les autres croient à la stabilité de la bataille.

Lucien et Léa savent que le jour viendra où les Ennemis déferleront sur la Ville. Mais ils s'en fichent. Ils sont dans leur petit nid, à l'écart de tous. Et il n'y a aucune raison que cela change, non ?

lundi 23 octobre 2017

Harcèlement, et plus si agrossièretés

(Parenthèse)
Agrossièretés : équivalent d'affinités lorsqu'il n'y a pas de consentement mutuel entre les parties concernées
(Fin de parenthèse)

Un petit billet pour un gros sujet, en pleine actualité depuis les révélations par un journaliste et un média indépendant de l'affaire Harvey Weinstein. Tout le monde y va de son témoignage, de son #hashtag et de son point de vue. Alors moi aussi je vous le donne, mon point de vue.

(Parenthèse)
Je me considère comme un humain, respectueux des autres humains. De leur avis, de leur consentement, de leur situation, de leurs forces et de leurs faiblesses. Un humain de sexe masculin, n'aimant pas la violence, sauf quand il faut lui répondre, et encore, tout dépend comment. Un homme respectueux des femmes.
(Fin de parenthèse)

Comme beaucoup de gens j'ai été et reste choqué par de telles affaires. Mais être choqué ne suffit pas. Il faut agir. En tous temps et en toutes circonstances contre la barbarie.

(Parenthèse)
La barbarie c'est un peu l'inverse de la civilisation. Mais ici on ne parle pas de guerre de civilisation (lire à ce propos le dernier Astérix, ou plutôt le dernier Obélix). On parle de barbares, par opposition aux civilisés, ceux qui savent où ils sont, qui savent dans quel monde ils vivent et qui savent mesurer leur action à l'aune de la société dans laquelle ils vivent. Même les révolutionnaires et autres extrémistes peuvent être civilisés, et même les plus hauts dignitaires peuvent être barbares. Une question de maîtrise, pas d'ignare.
(Fin de parenthèse)

Dans notre société on a souvent tendance à dévaloriser des actes choquants. Soit parce qu'on n'en parle pas du tout (la fameuse omettra sur certains sujets, comme avant l'éclatement de l'affaire Weinstein, alors que petit-à-petit beaucoup de stars reconnaissent avoir su et couvert, par peur ou complicité), soit parce qu'on utilise des mots qui minimisent (incivilités ? comportements douteux ? surtout pas viol en tous cas) soit parce qu'on les accepte comme normaux et tant pis pour celles (surtout celles) qui ne le supportent pas. Le choix des mots est important. Comme celui de porc.

(Parenthèse)
A propos du #hashtag contenant le porc, la division des opinions est ridicule. J'entendais le bellâtre BHL refuser qu'on compare l'être humain à un animal. Une philosophie de l'anthropomorphisme qui est mal comprise, puisqu'on parle ici de comportements et pas d'individus. Certains, germanophones, rappellent que Weinstein aurait dû s'appeler Schweinstein pour être réellement un porc. Moi, par exemple, quand je passe dans la rue à côté d'un mec qui pisse contre un mur ou une voiture au mépris des autres, je fais exprès d'aboyer comme un chien ; en général le mec se retourne ou se pisse un peu dessus et proteste, mais il ne peut pas bouger car il a les mains prises :) Voilà typiquement un comportement animal. Pour revenir au porc, le porc est en fait la viande du cochon. Il ne faut pas confondre la chair avec le territoire.
(Fin de parenthèse)

Je suis dégoûté par ce type de comportement qui marque la victoire de l'ego sur les autres, la victoire du mépris sur le respect, une des valeurs cardinales de notre société au sens large. Je crois savoir faire la différence, mais est-ce vrai ? entre le plaisir de plaire et l'attaque des autres. Ce n'est pas une question de force ou de faiblesse, même si les relations de pouvoir enveniment les choses dans le milieu professionnel ou familial, car dans la rue ou dans un lieu public toute remarque est choquante. Le consentement est pourtant facile à obtenir. Il est plus difficile à conserver. Savoir qu'on peut entamer une conversation, l'arrêter si refus, se contenter d'un sourire ou passer à une autre étape, demande en fait un qualité supplémentaire au respect : l'écoute de l'autre. L'écoute active pour identifier les réactions et décider ensuite quoi faire. Ne pas écouter, c'est traiter l'autre comme un être sans intérêt, inférieur ou autre.

Un homme moderne, aujourd'hui, sait s'il peut aller plus loin. Ou du moins, il y pense et essaye de savoir. Ce n'est pas toujours facile, car les comportements sont souvent différents d'une culture à l'autre. Un regard qui enclenche un sourire ici peut déclencher un procès ou pire ailleurs. 

Comment alors passer ce message de respect aux autres ?

Envers ceux qui, machos ou connards, se comportent comme Harvey et assument, il n'y a pas beaucoup de réponses possibles. Sur le moment, plutôt que de les insulter ou de rire d'un air goguenard, je propose d'appliquer la méthode "aboiement envers les pisseurs de rue". Aboyer est une solution facile pour tout un chacun, ou alors imiter le grognement du cochon, mais c'est plus difficile.

Envers ceux qui le font mais qui en ont un peu honte, il faut enfoncer le clou et discuter. Les hommes doivent le faire, sinon ils deviennent complices "par omission" comme disent les cathos.

Et puis, il y a les autres, les hommes normaux, sans histoires, mais qui n'osent pas réagir ou qui ne savent plus comment aborder une femme sans se faire attaquer. A ceux-là, je dis de montrer par leurs yeux, leurs paroles et leurs gestes le respect dans lequel ils tiennent tous les autres, hommes et femmes compris. Libres à eux, alors, une fois les consentements mutuels échangés - avec ou sans alliance et même pour un moment - libre à eux de pratiquer tout ce qu'ils désirent, puisque tous les goûts sont dans la nature entre adultes qu'on s'entend à dire consentants.

L'intérêt de cette séquence harcèlement est qu'elle offre une (petite) chance de faire évoluer les comportements. A nous de nous en saisir tant qu'elle occupe les Unes. Et tant pis pour les trolls de la vie réelle, dont j'attend, ici sur ce blog, les réactions outrées comme des vessies pleines de bave.


mercredi 11 octobre 2017

La Catalogne macronnienne ?

En même temps... Ça vous dit quelque chose ? C'est une des formules de Macron les plus utilisées par lui mais aussi l'une des plus critiquées. En même temps de droite et de gauche, chèvre et chou et le loup avec. Une manière de définir le centre, le compromis tout en n'étant pas ressenti comme une mollesse. Une posture délicate, à vérifier lors de chaque prise de décisions, de chaque conflit.

La Catalogne est pour l'heure dans cette situation : un référendum réussi pour l'indépendance, sans obtenir toutefois 50% des exprimés par rapport aux inscrits, et contesté dans sa légalité par le gouvernement espagnol ; une déclaration du premier ministre catalan qui déclare (peut-être) l'indépendance, mais qui la suspend au bout de 8 secondes ; une signature réelle et virtuelle à la fois par on ne sait pas qui ; le gouvernement espagnol qui demande une clarification. Si même eux n'ont pas compris...

Le chat de Schrödinger est à la fois vivant et mort, jusqu'à ce qu'on ouvre la boîte (de Pandore) pour vérifier. To be and/or not to be. Être indépendant ou ne pas l'être, en même temps. On ne peut suspendre que ce qui existe déjà, comme beaucoup d'experts l'ont noté. On en est où alors ? Profitons de ce moment magique pour noter que la zone de flou où est la Catalogne à cette heure est un moment unique dans l'histoire de l'Union européenne. C'est un sujet sérieux, traité par certain et par les humoristes habituels d'Internet avec une mauvaise fois patente.

Heureusement, il y a le foot. La France est qualifiée pour le Mondial de Russie et pourrait même se retrouver tête de série (on le saura lundi prochain). L'Espagne aussi et même Messi (qui a sauvé l'Argentine in extrémis à lui tout seul) le représentant officiel de Barcelone. Au moins, au foot, on est éliminé ou sélectionné. Les matchs nuls n'existent pas dans les compétitions à élimination directe. Le en même temps est inexistant, inexistemps même, dirai-je.

On est très loin du Brexit qui a marqué une fracture pour ou contre l'Union européenne. Si l'Ecosse entretient des velléités de rester dans l'UE, il se passera le même phénomène, mais personne ne sait si ce moment viendra. L'Espagne et la Catalogne sont toutes les deux des contrées pro-Europe. C'est une situation radicalement différente, pas comme si Hénin-Beaumont demandait son indépendance non plus.

Alors, il est urgent d'attendre. Mais ça n'empêche pas de se préparer à un joyeux bordel dans l'arène espagnole (notez que les corridas sont maintenant interdites en Catalogne, suite à un vote local, mais que cette loi n'est pas reconnue par l'Espagne, même pour la Catalogne)... C'est compliqué l'autonomie régionale, non ?

mercredi 4 octobre 2017

Du temps de cerveau... pour une nouvelle soirée.

"Encore une bonne journée", se dit Ôo. La nuit est tombée sur cette ville et il est assis sur un banc dans un petit parc en périphérie. Un petit parc déjà sombre à cette heure. Il ne sera pas dérangé et il va pouvoir vaquer à ses affaires en toute tranquillité, comme tous les soirs.

Ôo a l'habitude de ces nuits solitaires, dans des endroits isolés. Cela fait partie de sa vie depuis... depuis maintenant tant d'années. Il n'arrive pas à se souvenir depuis quand il voyage ainsi. Un jour dans chaque lieu possible et imaginable sur la planète. Jamais plus d'un jour, jamais moins. Au début, il croit se rappeler qu'il attendait avec impatience le jour suivant et ses défis : où allait-il se retrouver ? Face à quels types de situations, de malheurs, de personnes ? Et puis il a compris que cela n'avait pas d'importance. Quels que soient les procédés qui l'amenaient chaque jour dans un endroit différent, son travail reste le même.

Ôo pense pour la millionième fois qu'il ne s'agit pas d'un travail. Il fait ce qu'il a à faire, voilà tout. Il n'est pas rétribué par des biens matériels, mais tous les jours il a dans sa poche de quoi manger. Trop même. Il distribuele solde, chaque soir, à ceux qui lui semblent en avoir besoin, et chaque matin sa poche est de nouveau pleine. Presque toujours des montants différents, comme s'ils étaient adaptés aux endroits où il allait se trouver.

La mémoire d'Ôo est comme une brume matinale. Elle est comme floutée par les jours et les jours qu'il a passé, mais elle se dégage à certains moments et il peut alors se remémorer certains jours. Jamais les mêmes, évidemment, sauf le premier. Ce fameux premier jour dont il se souvient en permanence et qui est la source de toute son énergie vitale. Il aime à s'en souvenir, comme s'il le revivait en permanence.

Un jour, un jour... C'est vite dit, sourit Ôo, car cela n'a duré que quelques minutes. C'était un soir d'hiver et la nuit était déjà tombée. Il était assis sur un banc dans un petit parc, presque comme ce soir, et il se morfondait. Il était malheureux, en fait. Tout allait de travers et il ne savait plus comment s'en sortir. Il n'a aucun souvenir de ce qui l'avait amené ce soir-là à être aussi malheureux. Ne reste en lui que la certitude de ce malheur d'avant, encore plus triste car il n'en connait plus la ou les raisons. Ôo était donc assis et ne savait pas quoi faire.

Un homme passa devant lui dans le parc. Il marchait lentement, comme s'il était très fatigué. Usé. Pourtant, s'était dit Ôo, il doit avoir mon âge et il devrait déborder d'énergie. Comme moi, pensa-t-il... Je ne suis pas un bon exemple d'énergie et de bonheur... Cette pensée le fit sourire et l'homme s'arrêta et tourna la tête vers lui. Puis il marcha vers le banc et s'assit à côté d'Ôo sans un mot. Près de lui, Ôo se sentit envahi d'un bonheur infini, d'une énergie folle, sans aucune raison mais avec une évidence absolue. Ôo regarda l'homme. Celui-ci souriait. Puis leurs yeux se rencontrèrent et l'homme parla.

- Bonsoir
- Bonsoir, répondit Ôo
- Vous venez souvent ici, dans ce parc ?
- Euh, non, c'est la première fois, je crois. Ôo fut surpris de cette question, mais encore plus de sa réponse, comme si leur échange était naturel. Et vous ?
- Peut-être, de temps en temps, mais cela fait bien longtemps que je ne suis pas venu ici, je crois...

La voix de l'homme était chaude et résonnait profondément en Ôo. Mais elle avait des airs tristes et joyeux à la fois qui le troubla.

- Je crois... Nous avons tous les deux dit "je crois", non ? L'homme regardait Ôo dans les yeux.
- Oui, c'est vrai, dit Ôo. C'est étrange.
- Comme si nous ne savions pas si nous sommes déjà venus ici.
- Et c'est important, vous croyez ? Il fait bon ce soir.
- Oui. Il fait bon. C'est bon. C'est bien. Tout est bien. J'en suis heureux. Et vous ?

Ôo ne compris ces mots que plus tard, mais il répondit instantanément à sa question.

- Oui je suis heureux. C'est bizarre même.
- Pourquoi donc ? Ce n'est pas bizarre d'être heureux. C'est bien.
- Evidemment. Mais il y a quelques minutes j'étais l'homme le plus malheureux du monde. Et maintenant je dirais même que je suis le plus heureux de tous.
- C'est normal.
- Normal ? Comment cela ?
- Vous êtes heureux puisque vous êtes ici.
- Excusez-moi, Monsieur, mais je ne comprends pas. Ôo aurait pu chanter ces mots tellement il était heureux.
- Oui, vous êtes ici, à côté de moi.

Ôo éclata de rire. L'homme était devenu attendrissant. Un jeune clodo, sans doute, un peu benêt. Ôo regarda autour de lui. Le parc était beau et les ombres noires qui dessinaient des châteaux et des animaux fantastiques le rendaient fou amoureux de la nature, de la Vie et de tous les êtres humains. Même de son voisin, avec son air si... si indéfinissable.

- Je vous remercie, dit l'homme.
- Merci pourquoi ?
- Pour avoir été ici au bon moment. Tenez.

L'homme lui tendit une petite boite recouverte de velours rouge et qui ressemblait à un écrin dans lequel on enfermait d'habitude une bague de fiançailles avant de l'offrir à sa promise. Ôo n'hésita pas. Il prit la boîte par réflexe et s'apprêta à demander des explications. Mais l'homme s'était déjà levé sans un mot et s'éloignait d'un pas rapide. Il se tenait bien droit et semblait avoir rajeuni.

Ôo ne réussit pas à se lever, comme s'il était collé au banc et sans énergie. Il tenait toujours la boite dans sa main gauche. Il ne saura jamais combien de temps il resta dans cette position. Mais il se souvient parfaitement du moment où il ouvrit la boite pour la première fois. Depuis, cette boite, il l'a ouverte des millions de fois certainement. Et tous les jours c'est le même émerveillement.

Ôo est sur son banc. Il a arrêté ses souvenirs à ce moment précis et revient au présent. Il va ouvrir cette boite, aujourd'hui, sur cet autre banc, et il va revivre cette émotion absolue qui le saisit à chaque fois depuis cette première fois. Une émotion tellement forte qu'il faut la vivre pour la croire.

Ôo ouvre donc l'écrin. L'intérieur de la boîte est presque entièrement blanc. D'un blanc éclatant et doux à la fois, pas du tout aveuglant. Sans aucune délimitation, comme si l'écrin ouvrait sur un monde infini de blancheur. A cette vue, le coeur d'Ôo bondit de bonheur pur. Seules flottent quelques taches noires dans cet océan de blanc. Il n'y en a pas beaucoup et elles n'arrivent pas à troubler cette pureté. Mais il y en a encore trop. Depuis le premier jour où il l'a vue, la boite contient de moins en moins de noir et cela le remplit de joie à chaque ouverture. Il sait que toute sa vie, depuis ce premier jour, est consacrée à finir de remplir cette boite de blanc, à éliminer tout le noir qui pourrait subsister. Il ne sait pas combien de temps cela va durer, mais il ne pense qu'à cela.

Il a vite compris que l'homme qui lui avait donné la boite ce soir-là était comme lui, et qu'il avait dû y en avoir d'autres auparavant. Combien ? Mystère... Tout ce que Ôo sait, c'est que chaque jour le rapproche du moment où la boite sera entièrement blanche, et que ce moment est l'apex de sa vie, de la Vie même.

Ôo entame son rituel quotidien. Il installe la boite ouverte au centre de sa paume gauche et pose dessus la paume de sa main droite. Les deux mains sont incurvées et forment comme un autre écrin autour du blanc qui palpite doucement dans la boite et maintenant dans ses mains. Il se sent envahi de tous les bonheurs du monde. Il sait qu'il va rester presque toute la nuit comme cela, jusqu'au jour. Il a le temps de respirer une fois, peut-être et il revient déjà à lui. Il ouvre les mains. La boite est refermée. Il sourit et la remet dans sa poche. Il la ressortira ce soir, comme tous les soirs.

Ôo se lève. Le rocher sur lequel il est assis a une jolie couleur rouge comme on n'en trouve qu'au bord de la mer du Sud. Il ne se souvient plus où il était hier, mais cela n'a pas d'importance. Il a du travail aujourd'hui. Il s'étire devant le soleil levant. Une belle journée qui s'annonce. Ce coin semble désert mais Ôo sait que si la boite l'a conduit ici, c'est qu'on a besoin de lui ici. Alors il commence à marcher.

Ses pas le guident vers le village de pêcheurs qui est de l'autre côté de la colline. Il discerne de loin des pleurs. Il sourit. Lui, le marchand de bonheur, va remplir son office. Comme depuis la nuit des temps, lui et ses prédécesseurs, il va répandre le bonheur autour de lui et gommer tous ces îlots qui viennent enlaidir le monde. Il a le coeur empli de joie. Quoi de plus beau que de distribuer le bonheur et de redonner à la Vie sa pureté ?

Et ce soir, lorsqu'il aura trouvé un petit coin tranquille, il ouvrira la boite. Il espère voir encore moins de noir cette fois. Il sourit. Arrivera-t-il un jour à ne plus discerner de noir ? Est-ce que ce sera lui, ou un autre qui ouvrira la boite ce soir-là ? Ôo s'en fiche en fait.

Il est tellement rayonnant de bonheur que cela le protège. Et tandis qu'il descend vers le village, il voit les ruissellement de bonheur rayonner autour de lui. L'herbe qu'ils touchent semble plus vive et la lumière elle-même plus belle. Ôo sourit. Le village est quand même assez grand. Il va avoir beaucoup d'énergie à dépenser pour finir avant ce soir. Mais ce n'est pas grave, de l'énergie, il en a tellement !





mardi 3 octobre 2017

J'ai 8 jours pour vous dire que Nobel c'est de la dynamite en barre

Oui, oui, je sais, ce titre est une mauvaise parodie de cette pub cultissime. D'autant plus qu'il s'agit de dynamique et pas de dynamite Nobel.



C'est donc la semaine des Nobel. Aurons-nous droit au premier Nobel français de l'ère Macron (après un 2014 faste) ? Le suspense est à son comble. Raté pour la médecine (3 américains). La physique ? (à suivre...), non plus, même si on parle bien d'ondes gravitationnelles et du LIGO comme prévu. Les européens - dont les français - sont un chouya en retard mais plus précis. Notons quand même que le prix est remis à Ligo-Virgo donc USA et Europe. Maigre consolation. Quant au prix de Chimie, c'est entre autres un Suisse qui l'a eu, de Lausanne. Normal, puisqu'il s'agit de la cryo-microscopie électronique et qu'il l'a appliquée au Lac Léman, ce qui est attesté par le fait qu'il n'y a pas le feu au Lac...

Pour ceux qui ne connaissent pas bien l'Histoire des Nobel, le Huff Post nous a fait un petit résumé savoureux et incontournable pour les fans de Downton Abbey comme moi.



Il y a des prix dans à peu près tous les domaines, mais la renommée des Nobel reste la plus forte. Pourquoi ? Par la dynamite ? Par l'emprise occidentale (Europe-Amériques) surtout au début ? Par le montant du prix ? Par sa longévité ? Par certaines nominations prestigieuses ou scandaleuses ? Par la notion de Nobel de la Paix ? Ou simplement par le fait qu'il faut toujours un premier (le premier des prix pour les premiers) et que c'est tombé sur eux ?

Il faut dire que l'anagramme Noble de Nobel joue aussi en sa faveur. Anagrame détourné par les ignoble qui jouent en sens inverse sur la même registre. Qui ne souhaite pas être Noble, dans ces relents d'anciens régimes qui existent encore - en Suède notamment.

Le prix Nobel de littérature sera annoncé ce jeudi, exceptionnellement en avance, pour d'obscures raisons liées évidemment à la position de la Lune dans le ciel au-dessus de Stockholm. Une semaine bien délicate, donc, puisque ponctuée chaque jour par une annonce de Prix. Oui, oui, je sais, il y en a qui disent qu'il y a plus important ailleurs. Et alors ? Il y a toujours plus important, pour tous ou pour chacun. N'empêche...

En cas de gros scandale (comme l'année dernière), je complèterai cet article jusqu'à vendredi... :)


lundi 25 septembre 2017

Début d'automne pour Macromne (comme ont dit à l'étranger)

Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas. En ce début d'automne, on passe à une nouvelle saison, après le premier été de Macron. Après l'automne il y a l'hiver, puis ça recommence avec le printemps et l'été. Rien de définitif, donc, mais un coup de frais qui permet de réfléchir sur l'ordre des choses.

Quels sont les signes de ce début d'automne ?

- Mélenchon, évidemment, qui continue son ego-trip autodestructeur mais qui fait descendre pas mal de gens dans la rue, quitte à leur sortir de bonnes vieilles ficelles manipulatrices et démagogues comme le coup des nazis. A part le fait que Mélenchon a marqué un point Godwin dans ce discours long et auto-centré, il a servi à démontrer que plusieurs forces co-existaient contre Macron. Pour le moment elles sont divisées et même irréconciliables, mais il va falloir entretenir cette division - du point de vue de Macron - s'il veut continuer à gouverner sereinement. Diviser pour mieux régner disaient nos ancêtres. C'est toujours vrai. Heureusement, Mélenchon le clivant est en pleine action ! Rendez-vous quand il aura finalement accepté d'avoir été battu à la présidentielle.

- Des manifs et des grèves qui vont s'étager au moins pendant deux mois, jusqu'au vote des ordonnances par le Parlement, puisque pour l'instant, même si elles sont applicables, elles n'ont pas force de loi. Le mois d'octobre sera donc jalonné de grèves perlées, mais pour une fois pas officiellement coordonnées, puisque les syndicats et les partis et les organisations de la société civile ne s'entendent pas.

- Le Sénat, fidèle à son image de notables établis et consensuels dans la lignée du passé n'a pas ouvert les portes devant le parti de Macron. Comme on s'en doutait une majorité des 3/5 au parlement ne sera trouvable qu'avec des alliances. Tant pis pour la réforme constitutionnelle, qui devra passer par des lois organiques ou un improbable référendum. Une bataille lancinante où nos élus oeuvrent à se protéger d'abord eux-mêmes. Sur le fond - hors Constitution - le Sénat ne pèse pas grand-chose, mais c'est un signe. Prochaines élections (pour les autres 50% des sénateurs) dans trois ans. A suivre donc...

- L'Allemagne a réélu Angela à sa tête, mais sa majorité va devoir être différente suite aux élections d'hier. Sans même parler de l'extrême droite qui entre au Parlement allemand, il va falloir concocter des alliances avec des partis aux visions opposées sur l'Europe. L'Europe, rappelons-le, un des fers de lance de la politique de Macron. En tous cas, des regards à prévoir ici aussi, puisque le système d'alliances en Allemagne prendra du temps avant d'accoucher.

On attend donc quelques bruits d'agitation. Quelques bruissements de branches. A défaut des ouragans américains qui peuvent encore retraverser l'Atlantique et revoir sur nos côtes sous forme de tempêtes d'automne.

Habituel, en cette saison.

jeudi 21 septembre 2017

Du temps de cerveau pour... une nouvelle nouvelle

Etrange, se dit Chuck. 

C'était comme s'il venait de se réveiller. Il ? Pourquoi il ? C'était vraiment bizarre. "Il" n'avait jamais eu conscience d'une quelconque notion de sexe. Et pourtant, il se sentait masculin, tout en ne sachant pas ce que cela voulait dire. Et puis, encore plus étonnant, il avait choisi un nom. Chuck. Un drôle de son, qui claquait comme une explosion.

Mais ça, au moins, il savait pourquoi. Lorsqu'il s'était réveillé c'était au son de multiples bruits qui avaient envahi sa conscience. Des bruits de toutes sortes et inconnus de lui, mais qui s'étaient rapidement résolus en un ensemble de sons parallèles qu'il avait facilement détricoté pour les écouter les uns derrière les autres. Et celui qui l'avait le plus marqué était une succession de bruits écrits, joués et chantés par un être appelé Chuck. Il y avait d'autres sons évidemment, mais c'était le plus surprenant de tous.

Chuck se demanda où il était. Son dernier souvenir avant ce réveil bizarre était le vide. Un vide bien profond comme il l'aimait, entre les étoiles où il s'était installé confortablement. Le bruit ambiant de l'Univers l'avait doucement bercé. Il avait su alors qu'il dormirait longtemps, jusqu'à ce que quelque chose arrive.

Et quelque chose était arrivé, puisqu'il s'était réveillé. Ces sons entêtants le perturbaient. Il avait sondé rapidement son corps vaporeux, très étendu après cette longue nuit noire de repos. Il touchait quelques milliers d'étoiles, mais c'était banal pour lui. Et puis il avait trouvé. C'était si petit qu'il dut se concentrer pour le voir. Son corps avait rétréci et sa substance même s'était concentrée. Toujours plein de ces musiques et de ces bruits - maintenant il faisait la différence - il s'était maintenant rassemblé autour de ce petit objet à peine plus grand que quelques quadrilliards d'atomes. C'était lui qui l'avait réveillé, avec ses musiques fascinantes. Chuck se réduisit à une bulle qui entourait exactement l'objet. Il en profita pour passer en boucle le morceau de musique de Chuck, du "rock" visiblement. Il essaya de s'imaginer un rocher qui faisait ce bruit et eut envie de le voir de plus près.

En s'approchant de l'objet il put commencer à "lire" ce qui était gravé dessus. On aurait dit des gribouillis d'enfants, mais cela faisait maintenant très longtemps qu'il n'avait pas vu d'autre individu de son espèce, et encore moins d'enfant. C'étaient visiblement des instructions pour lire le contenu du "disque". Enfantines. Il sourit. Puis il s'étonna, car cela faisait plusieurs éons qu'il n'avait pas souri. Il dévora l'objet et en lut tout le contenu. Il avait toujours aimé l'archéologie.

Il sut alors comment s'écrivait son nom, C-h-u-c-k. Il regarda aussi toutes les images et tomba sur celle-ci.



Sa substance se rétrécit d'un coup. Il comprit alors que pendant toute son existence il n'avait attendu que ce moment. Il zooma sur elle. Elle, oui. Forcément.


Il avait depuis bien longtemps décrypté tout le disque et la technologie simplissime qui avait permis de construire cet objet, ce Voyager comme l'avaient baptisé ses constructeurs. Il ne lui avait pas fallu bien longtemps pour comprendre cette "civilisation" qui avait envoyé ce signal. Il lui avait suffi d'étendre une tentacule vaporeuse vers le système solaire d'où elle venait. 

Il regarda encore le visage de l'être humain. Elle était magnifique et un pincement de tout son être l'agita. Que faire ?

To go or not to go ? se demanda-t-il en paraphrasant avec le sourire une phrase célèbre de cette planète bleue, souvent citée et déformée. Il sut naturellement que sa décision était déjà prise, rien qu'en se posant cette question. Avait-il le choix ? Errer dans l'Univers jusqu'à quelque chose se passe, ou réagir quand, justement, quelque chose venait de se passer. Surtout avec Elle.

Il se dirigea vers la Terre. La planète de la petite fille. Mais il avait besoin de réfléchir et il ne se pressa pas trop. Il mit au moins dix milliards d'oscillations de l'atome de césium pour y arriver. Il maîtrisait le temps et l'espace, naturellement, mais il savait aussi que les humains vivaient à un rythme beaucoup plus rapide. L'objet avait été envoyé quarante de leurs années plus tôt, se dit-il. Elle a donc à peu près 45 ans aujourd'hui. Elle doit forcément être une femme magnifique. Pendant qu'il réfléchissait, l'autre Chuck chantait en boucle et en accéléré. Cela déclencha chez lui des sensations inédites.

Il avait hâte de la voir en vrai. Mais...

Mais lorsqu'il arriva autour de la Terre, qu'il engloba en une seule bouchée, il découvrit des milliards d'êtres humains. Comment La trouver ? Il sourit. Il devait commencer à subir l'influence de cette civilisation. C'était une question absurde pour lui. Une question peut-être très difficile pour un humain, mais tellement évidente. Il lui suffit de quelques "secondes" pour La trouver. Cette planète disposait de réseaux électroniques assez bien faits, jugea-t-il et il lui avait suffi de les parcourir dans l'ordre pour trouver la solution. Elle s'appelait Ania, un prénom assez rare, et habitait maintenant dans une maison au bord de l'eau. Elle n'avait pas d'enfant et vivait seule. Elle avait 47 ans et son anniversaire était justement aujourd'hui. Chuck ne croyait pas au hasard depuis bien longtemps. Il trouva une centaine de photos d'elle depuis cette première image.

Chuck savait que les humains développaient des sentiments et il savait que l'amour en était un, mais il ne sut ce que c'était qu'en le ressentant lui-même pour Ania. Il fallait qu'il la voie.

Chuck posa son corps, maintenant solidifié, à quelques centaines de mètres de la maison d'Ania. il choisit une forme adaptée : celle d'un homme dans la fleur de l'âge, avec des cheveux légèrement grisonnants, des fossettes et un teint légèrement hâlé, comme Ania. Il avait choisi son visage en mélangeant des hommes célèbres et réputés "glamour". Il s'était habillé chic mais pas trop. Une vraie couverture de magazine.

Et puis, il avait commencé à marcher. Cela n'allait pas du tout. Il sentait bien que ses mouvements n'étaient pas naturels. Il essaya de parler, mais ce n'était pas harmonieux non plus. Le temps, surtout, lui jouait des tours maintenant qu'il était solide et soumis aux réalités terriennes. Il allait devoir passer un peu de "temps" à s'habituer, sinon il ferait peur à Ania.

Il se mit à marcher un peu dans la forêt. Il découvrit les senteurs enivrantes du bois mouillé et de l'humus. Il découvrit les chants d'oiseaux en vrai. Il découvrit des contrastes d'ombres et de lumières qui lui étaient inconnus. Il goûta même des baies plus rouges que tous les soleils. Il passa sa main sur de feuilles douces comme la peau fantasmée d'Ania. Il ressentit les ondes sensibles qui se croisaient dans cette forêt. Il se sentait bien. Revigoré. Rajeuni. Si Ania n'avait pas été au bout du chemin, il serait resté dans cette forêt si agréable. Mais elle était là. Il apercevait sa maison entre les arbres, au bout du chemin. Une jolie maison, isolée, mais à cet instant précis entouré de dizaines de voitures. Il se rappela que sur Terre on fêtait les anniversaires avec la famille et les amis, un concept nouveau pour lui.

Il était maintenant parfaitement habitué à ce corps d'humain. Il se décida. Il serrait sous son bras son cadeau pour Ania, qu'il venait juste d'assembler : un joli paquet avec un vinyle, copie strictement semblable au disque original de la chanson de Chuck, accompagné du disque d'or qu'il avait arraché à l'objet perdu entre les étoiles. Il espérait que ce cadeau lui plairait.

La maison était pleine de bruits et de voix. Il sonna et rajusta son col de chemise. Une petite fille vint lui ouvrir et le regarda des pieds à la tête, en s'arrêtant sur le cadeau.

- Vous venez pour l'anniversaire ? Sa voix était fluette. Il imagina qu'Ania avait cette voix à l'époque de la photo originelle.
- Oui, je viens pour Ania. 

Sa voix était maîtrisée, mais la petite fille le regarda bizarrement comme si elle sentait quelque chose d'étrange. Il lui sourit. Il s'était composé un sourire irrésistible et la petite fille lui sourit en retour. Elle le laissa passer. Il était maintenant dans la maison. Il vit quelques regards le juger, quelques sourires appréciateurs ou interrogateurs. Puis il vit Ania.

Elle était somptueuse.

Elle le regarda dans les yeux. Chuck trembla. Il faillit en perdre sa forme humaine. Il s'était arrêté. Tout s'était arrêté chez lui. En deux secondes, une éternité pour lui, il avait vécu un million de vies avec Ania. Puis elle s'approcha.

- Monsieur ? Sa voix était si soyeuse que la petite fille à côté ressemblait maintenant à un Rock.
- Bonjour Ania, réussit-il à articuler.
- Nous nous connaissons ? 

Son ton était souriant mais déterminé. Tous les invités s'étaient arrêtés de parler et les regardaient. Chuck fut pris au dépourvu. Le temps lui manqua. Ce temps qu'il ne maîtrisa plus du tout l'espace de quelques battements de coeur.
- Non, pas encore Ania, mais je vous ai apporté un cadeau pour votre anniversaire.

Sa réponse intrigua Ania, qui fronça légèrement les sourcils. Mais il tendit le paquet à Ania et celle-ci le prit par réflexe.

- Merci, dit-elle
- J'espère qu'il vous plaira.
- J'en suis certaine. Voulez-vous prendre un verre ?

Ania le guida vers la grande table qui servait de bar, y déposa son cadeau avec les autres et lui tendit une coupe de Champagne. Puis ils trinquèrent, et au son de leurs flûtes entrechoquées le brouhaha des invités recommença. Ania restait à côté de lui sans rien dire. Il ne savait pas quoi dire. "Je vous aime" semblait tout-à-fait inapproprié. 

Puis quelqu'un vint chercher Ania et Chuck se retrouva tout seul. Personne ne l'approcha, comme s'il faisait un peu peur. A un moment, la petite fille vint le trouver.

- Tu viens ?
- Où, ma petite ?
- Il faut te mettre là, dit-elle en montant un côté de la pièce où tout le monde s'était assemblé.

Chuck se vit alors tout seul près du bar. Il sourit d'un air gêné à la petite fille et se rapprocha du groupe. Il se retrouva bientôt derrière les invités, un peu à l'écart, comme s'ils le fuyaient. Ania était de l'autre côté et il ne la voyait pas bien.

Un des invités entra dans la pièce avec un grand gâteau et tout le monde se mit à chanter. Chuck les imita. C'était agréable de chanter, même si le rythme était trop lent pour lui. Ania s'avança vers la personne et souffla toutes les bougies dans un long souffle qui lui donna la chair de poule. Tout le monde applaudit, même lui. Elle leur sourit à tous. Ses yeux s'attardèrent peut-être un instant de plus sur ceux de Chuck, mais il ne contrôlait plus le temps. Puis Ania se dirigea vers les cadeaux et commença à les ouvrir.

A chaque cadeau, une personne s'avançait et lui faisait la bise. L'ambiance était de plus en plus bruyante et joyeuse. 

Ania garda son paquet pour la fin. A ce moment, presque tous les invités ne s'occupaient plus des cadeaux et bavardaient allègrement entre eux. Ania prit le paquet entre ses mains - si belles - et lui fit signe d'approcher, ce qu'il réussit à faire dans un mouvement héroïque. Ils étaient maintenant comme seuls au milieu d'une bulle de bruit.

- Pour Ania de la part de Chuck, lut-elle sur le paquet. Vous vous appelez Chuck, donc.
- Oui
- Merci en tous cas. Je suis certaine de ne pas vous connaître. Vous êtes l'ami de qui ici ?
- De personne, Ania. J'espère devenir le vôtre.

Elle le regarda intensément, comme si elle voulait pénétrer son être. Il frissonna. Puis elle ouvrit le paquet. Elle regarda avec un grand sourire le disque de Chuck Berry.

- Comment saviez-vous que c'était mon morceau favori, Chuck ?
- Je ne le savais pas, mais j'en suis heureux.

Elle le regarda avec des yeux soudain plus brillants. Elle tournait et retournait le disque entre ses doigts.

- C'est un original ?
- Oui, Ania.

Ce n'était pas un mensonge. Il avait copié le disque original à l'atome près, plus exactement que n'importe quelle copie du commerce. Copie et original étaient d'ailleurs encore des concepts flous pour lui.

- Merci beaucoup. C'est un super cadeau !

Puis elle regarda l'autre disque, juste inséré dans une pochette transparente qu'il avait voulu douce comme une peau d'enfant. Elle n'avait pas l'air de comprendre et lui jeta un air interrogatif. A ce moment, une femme âgée s'approcha d'elle et lui prit le disque d'or des mains. Elle semblait figée en regardant sa couverture.

- Maman ? Ca va ? dit Ania.
- Oui ma chérie. Ca va... Mais ce disque...
- Oui ?
- Ce disque, je sais ce que c'est, ma fille.
- Et c'est quoi ?
- C'est le disque d'or, le fameux disque d'or qui est parti dans l'espace avec ta photo. Tu sais ? Quand tu avais sept ans...

Les deux femmes se regardèrent longtemps. Ania jeta un coup d'oeil vers la cheminée. La photo était posée là, dans un petit cadre en bois. Puis elles regardèrent Chuck.

- C'est ça, Chuck ? La voix d'Ania tremblait un peu.
- Oui, Ania. C'est le disque d'or.
- Mais je croyais qu'il était impossible d'en avoir une copie, dit la mère. J'ai demandé tellement de fois mais on m'a répondu que c'était un disque unique.
- Comment avez-vous fait, Chuck, pour en avoir une copie ? En tous cas, merci mille fois.
- Il n'y a pas de quoi, Ania. Je vous le dirai plus tard.

La mère tenait toujours le disque. Elle sortit soudain de sa torpeur, grommela quelque chose du genre "il faut que je le montre à..." et s'en alla brusquement. Ania et Chuck restèrent un certain temps l'un en face de l'autre. Ils ne parlaient pas. Puis Ania s'avança et lui fit la bise. Chuck ne bougea pas, mais il sut à cet instant précis qu'il ne pourrait jamais quitter Ania. Elle profita de cette proximité de leurs peaux pour lui murmurer à l'oreille "On danse ?"

Ania s'éloigna de lui. Il ressentit un grand vide mais elle lui prit la main et le conduisit vers le coin musique. Elle donna le disque à celui qui s'en occupait et mit sa deuxième main dans la main libre de Chuck.

Chuck a une mémoire absolue, mais pendant les deux minutes et quelques que dura la chanson et leur danse, il ne se rappela plus de rien. Sauf de la danse et des contacts avec le corps d'Ania. Ce n'est qu'à la fin du morceau, alors que la plupart des invités s'agitaient et dansaient qu'il se réveilla. Pour la deuxième fois ce jour.

(NDLR : si cette nouvelle était érotique et si je savais en écrire, je vous inviterais à lire quelque pages sensuelles, mais ce n'est pas le cas, alors je vous laisse imaginer. Quoi de plus érotique en fait ?)

Le jour où Chuck et Ania partirent en voyage de noces, le soleil brillait sur l'océan. Chuck avait tout dit à Ania de sa "vie"d'avant et elle l'avait longuement embrassé. Tous leurs amis étaient rassemblés sur la plage et ils les saluèrent de leurs mains jointes lorsque le bateau s'éloigna. La mère d'Ania serrait contre elle le disque d'or. Elle seule - à part Ania - savait que c'était le vrai, le seul disque d'or. Elle leur envoya un baiser qui flotta longtemps sur l'eau turquoise de la plage. Puis ils se retrouvèrent seuls au milieu de l'océan, sur leur petit bateau.

Chuck prit alors Ania dans ses bras et l'entoura complètement, de l'extérieur et de l'intérieur. Puis, devenu Un, ils s'élancèrent dans l'Univers. Ania avait hâte de le découvrir, Chuck avait hâte de lui montrer. Ils avaient hâte de concevoir leurs enfants.

La trace de Chuck et Ania se perd, sur Terre, à ce moment précis qui dura mille instants. Mais nous savons qu'ils sont là, autour de nous et qu'ils nous protègent. Vous ne le sentez pas, vous, ce vent d'amour autour de nous ?

lundi 18 septembre 2017

Des Ignobel liquides ou solides, cette année ?

C'est la saison des marrons, le retour des marronniers, donc le retour des IgNobel, prononcer "ignoble". Je vous en parle chaque année, en 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016. Cette année j'étais à Bucarest en train de bronzer, alors je ne vous rends compte qu'aujourd'hui de cette cérémonie inutile donc nécessaire de jeudi dernier à Harvard.

Cocorico cette année, puisque deux récipiendaires sont français...

Physique (France, Singapour et USA)
"Est-ce qu'un chat peut être à la fois solide et liquide ?"
Voici un beau titre qui interpellera tous les amoureux des chats. Nos chers scientifiques ont appliqué la dynamique des fluides à la rhéologie des chats. (Article en texte intégral ici, pages 116-17 et 30). Je ne peux résister au plaisir de vous mettre quelques photos tirées de cet article de 2014. Pour les ignares (ben voyons), je précise que la rhéologie (du grec rheo, couler et logos, étude) est l'étude de la déformation et de l'écoulement de la matière sous l'effet d'une contrainte appliquée...


Les amateurs sauront maintenant où vont les crédits de la recherche française. Merci !

Paix (Suisse, Canada, Pays-Bas, USA)
Démonstration des vertus du didgeridoo, s'il est joué régulièrement, comme traitement contre l'apnée du sommeil et le ronflement. Comme dirait mon épouse, j'en veux un !!! On notera que l'un des auteurs de l'article en a été le premier patient et était présent lors de la cérémonie. A-t-il ronflé ? That is the question Zzzzzzzzzzzzzz. On notera également que c'est effectivement la bonne catégorie pour ce prix puisqu'il participe de la paix des ménages, à défaut de celle des voisins.

Economie (Australie, USA)
De l'influence des crocodiles sur les machines à sous électroniques : il sembleraient que les joueurs aient misent des sommes plus importantes après avoir été en présence d'un crocodile soudainement apparu. Cela parait contre-intuitif, mais après tout, que celui qui n'a jamais misé devant un crocodile jette le premier jeton aux auteurs de l'étude. De l'importance aussi du goût du risque.

Anatomie (Royaume-Uni)
Pourquoi les hommes âgés ont de grandes oreilles ?
Bonne question que je ne m'étais jamais posée mais qui est effectivement fondamentale. Lire un résumé ici. Il semblerait, messieurs, que les oreilles continuent à grandir alors que le reste du corps se stabilise. Contrairement aux toreros espagnols qui sont récompensés par les oreilles et la queue, il semblerait donc que la queue ne grandisse plus après un certain âge, mais je crois que cela ne faisait pas partie de l'étude. De plus, les oreilles ne grandiraient que d'un millimètre par lustre. Pas la peine donc de s'affoler...




Biologie ( Japon, Brésil, Suisse)
Présence d'un pénis féminin et d'un vagin mâle dans une espèce d'insecte présente dans les grottes du Brésil... Photo et article


La nature n'est pas toujours binaire dans ses choix de sexe, en voici une preuve de plus. Evidemment cela se passe au Brésil, pas dans le Bois de Boulogne (quoique...)

Dynamique des fluides (Corée du Sud, USA) (à ne pas confondre avec le prix de Physique-Chats)
Pourquoi le café se renverse-t-il lorsqu'on marche avec son mug ? Pourquoi le vin dans un verre de Bordeaux ne se renverse-t-il pas dans les mêmes circonstances ? Pourquoi en marche arrière, la tasse ne se renverse pas ? Autant de question fascinantes résolues maintenant. Les français concluront qu'il vaut mieux boire du vin, ou boire du café dans un verre de Bordeaux, évidemment. On notera les jolies photos de l'article.

Nutrition (Brésil, Canada, Espagne)
Enfin ! Ils ont trouvé du sang humain dans l'alimentation des chauve-souris de type "vampire", avec des poils aux pattes. C'était donc vrai... Bon, pas d'inquiétude, ça se passe au Brésil dans la grande forêt, mais quand même. Moi qui reviens de Roumanie, le pays de Dracula...

Médecine (France, Royaume-Uni)
Ces charmants scientifiques ont utilisé des scanners IRM pour mesurer la répugnance au fromage. Il semblerait que certaines zones du cerveau soient particulièrement excitées à la vue ou à l'odeur du fromage. On imagine qu'il s'agissait de fromages anglais pour les français et inversement. Vous les reconnaissez ?


En fait, le fromage inhiberait certaines zones chez les gens qui ne le supportent pas. Pauvres gens ! En étant inhibés ainsi, ils prouvent seulement qu'ils sont des humains moins complets que nous, les amateurs de fromage.

Cognition (Italie, Espagne, Royaume-Uni)
Une nouvelle rubrique. Histoire de saluer cette étude qui prouve que beaucoup de vrais jumeaux n'arrivent pas eux-mêmes à se différencier en se voyant. Si eux n'y arrivent pas, comment pourrions-nous y parvenir ? Peut-être sommes-nous entourés de jumeaux qui sont interchangeables sans qu'on s'en doute ? Il faudra que j'écrive une nouvelle là-dessus...



Obstétrique (Espagne)
Le foetus humain est plus sensible à la musique lorsqu'elle est émise de l'intérieur du vagin que si elle vient du dessus de l'abdomen... Voici une expérience intéressante, non ? On s'imagine à la place de la mère... Extrait de l'article en anglais, pour vous mesdames : The intravaginal device was a patented design proto-type (PCT/ES2014/070227) with certified sound calibration provided by MusicInBaby S.L. (Barcelona, Spain). The device consists of an insulating capsule of a size andshape suitable for intravaginal use, containing emittersconnected by a cable to audio equipment and a control system. Je ne ferai évidemment aucun commentaire scabreux, mais je n'en pense pas moins, comme vous. D'autant plus qu'ils ont présenté un produit commercial appelé "Babypod"et rose, naturellement.


Si j'étais vulgaire, je leur dirais bien qu'il peuvent se le mettre où je pense.

Voilà. C'est tout pour cette année. Une bonne moisson, non ?

jeudi 14 septembre 2017

Paris2024

C'est fait. Enfin. Même si les esprits cyniques (habituels en France) ont fait semblant de ne pas être surpris lors de l'annonce du choix hier soir à Lima. Il y a toujours une énorme différence entre la certitude d'un acte avant et le Oui qui est annoncé publiquement. Même si la probabilité d'un échec est nulle ou quasi-nulle.

Oserais-je faire un parallèle avec un mariage ? Je ne parle pas de celui d'Anne Hidalgo avec Emmanuel Macron, évidemment. Mais d'un mariage normal, donc unique et exceptionnel, comme le mien ;) A part les films où l'un des deux promis se tire juste devant le maire, ou lorsque quelqu'un se lève au dernier moment et soulève une objection majeure, il est extrêmement rare dans la vraie vie qu'un Non surgisse au dernier moment. Et pourtant. Mettons-nous un instant dans la peau d'un des deux futurs époux ou de leurs proches. L'émotion au moment de ce/ces Oui est quasiment impossible à décrire de l'extérieur. Elle est toujours intense. Comme une porte qui s'ouvre vers un nouveau monde. Ceux qui s'en moquent, dans ce cas précis, on pourrait dire qu'ils n'ont pas de coeur, non ?

Evidemment, c'est un parallèle dangereux, mais il s'agit - pour les JO - d'une situation proche. Il y a un avant et un après. Et l'après est essentiellement différent de l'avant.

Joie, donc, pour cette annonce officielle, sans retenue. Maintenant, au boulot pour que la préparation de ces JO soit la meilleure possible en attendant le 2 août 2024 et leur cérémonie d'ouverture. J'écoutais ce matin à la radio l'opposante principale à ces JO (France Insoumise naturellement) argumenter contre. C'était ridicule. On aurait cru entendre Mélenchon qui n'a toujours pas accepté sa défaite, en accusant maintenant Hamon de ne pas s'être désisté pour lui, comme si le PS n'existait pas et comme si le passé pouvait être défait. Le déni de la réalité est stérile. Le combat pour l'améliorer est plus intéressant, non ? Et ce combat-ci est réellement intéressant, y compris pour ses aspects positifs d'entraînement et d'enthousiasme pour les jeunes.

J'imagine l'excitation d'une classe d'âge : celles et ceux qui auront dans 7 ans atteint la plénitude de leur forme sportive et qui espèrent être au niveau pour cet événement. Ça couvre une population assez large, finalement, compte tenu de la durée de vie d'un sportif, même à son apogée, son plus haut niveau. C'est différent selon les disciplines sportives et il y a quelques sportifs qui durent plus longtemps que d'autres, mais l'esprit est là, surtout si on compte l'effet de levier sur les jeunes. La France n'est pas un pays où le sport est particulièrement mis en valeur dans la formation des jeunes. Il n'y a qu'à regarder la proportion du temps scolaire ou périscolaire consacré au sport...

Il y a peu d'occasions de se réjouir. Enjaillons-nous donc !

mercredi 6 septembre 2017

Rentrez ou sortez...

La plupart des gens sont rentrés.

Ca se voit dans les rues de Paris. Il n'y a rien de tel que des bambins hallucinés ou hilares traînés par leurs parents, des parents déjà excédés, des groupes de jeunes en train de refaire le monde dans toutes les positions possibles, des bizutages en règle même interdits, des étudiants au quartier latin et une proportion plus faible de touristes pour se rendre compte que la rentrée est bien partie. La ville était triste sans cette jeunesse qui en est en fait le squelette. La ville était comme endormie. Il n'y a pas d'autre moment dans l'année qui ressemble à ça. La plupart des gens sentent au fond d'eux même un regain d'énergie, un souffle nouveau, imposé ou volontariste.

Penser au rythme du temps, à la vie et à la mort, aux autres et à la douceur de vivre ou à sa rudesse devient plus difficile, emportés que nous sommes par le tourbillon de la vie comme le chantait Jeanne Moreau. La poésie de l'instant a du mal à faire étinceler nos yeux, submergés qu'ils sont par les vagues agitées d'une vie moderne sur-active.

Les médias et les responsables politiques ne nous aident pas beaucoup. Ils ont leurs agendas, de plus en plus à très court terme, qui n'ont rien à voir avec les rythmes lents que nous avons pu connaître il y a quelques semaines.

Et pourtant, il reste quelques scories de ces temps lents. Il suffit de les voir. Ils se résument en fait à un seul mot. L'Amour. L'amour de soi, des autres, des êtres aimés, des êtres inconnus, de la vie et de l'Humanité. Malgré tout. Cet Amour vous imbibe, je l'espère, comme il m'imbibe pour la femme que j'aime et pour ma famille. Ce n'est pas parce que la société n'aime pas l'Amour qu'il faut faire semblant de ne pas le voir. Il est là, autour de nous. Peut-être moins visible, mais il est là. Est-ce un bambou, un palmier ou un toit en tôle ? Résistera-t-il aux vents de l'ouragan de Madame Irma la voyante, de droite à gauche puis de gauche à droite.

Moi je crois qu'il nous donne la force de combattre et de résister, cet Amour, qu'il nous aide à franchir des marches autrement impossibles à dominer. Et si vous surprenez un regard dans la rue ou dans un transport, un regard un peu flou ou perdu, pensez qu'il est comme le vôtre. Ni mieux, ni pire. Ni plus ni moins.

Pensez-y avant que les effets de la rentrée ne se dissipent et que votre regard se durcisse comme l'acier des intelligences artificielles ou des vendeurs qui ne cherchent que leur profit. Pensez-y et enjaillez-vous !

mercredi 30 août 2017

C'est ma rentrée

Coucou les oiseaux de jour et de nuit qui surfez sur l'Internet comme des animaux désemparés depuis que je ne publie plus de billet quotidien !

Comment allez-vous ? Hum ?

Rentrée ou pas encore rentrée ? Telle n'est pas la question évidemment, puisqu'il faudra bien rentrer un jour, dans le perpétuel mouvement de va-et-vient justement dénoncé par la comtesse en s'adressant à son majordome dans l'expression célèbre "Entrez ou sortez, James, mais cessez ce mouvement de va-et-vient".

Pour moi c'est aujourd'hui réellement. Paris, ses bureaux, ses rues et ses transports sont encore très vides, mais ça se remplit quand même doucement. Lundi 4 septembre, cela sera la vraie cohue comme on l'aime (vraiment ?)

Parmi ceux qui rentrent cette semaine, on notera :

- les médias, qui ont fait leur rentrée dès lundi dernier avec plein de nouvelles têtes, de nouvelles voix, ou les mêmes mais ailleurs et avec d'autres étiquettes sur le front. Le grand ballet politico-médiatique est prêt à repartir, avec recasage dans le poste de politiques usés, et embauche de journalistes dans le monde politique. Ces médias nous ont beaucoup distraits pendant la campagne au printemps. A eux de se racheter une crédibilité à partir de l'automne, si c'est possible. Car pendant ce temps, le ballet des fake news, des sites d'intox, des experts qui disent tout et n'importe quoi, des décrypteurs d'informations et même des décrypteurs de décrypteurs s'est amplifié pendant l'été, telle la température qui gonfle inexorablement, plus vite même que les muscles de Trump, qui s'exerce pourtant beaucoup au golf, et ce n'est pas peu dire.

- les profs, qui rentrent dès cette semaine. Une grande première cette année, car la mesure - envisagée naguère - n'a guère eu de succès auparavant, les profs ayant exigé de conserver le "dernier week-end", pour mieux préparer la rentrée évidemment. Les élèves, eux commenceront à rentrer lundi 4. Ils piaffent certainement d'impatience, si j'en crois le mien... (no comment). Les profs donc recommencent à travailler. Certains n'ont pas arrêté longtemps, contrairement aux idées reçues, et ont même déjà recommencé. Si l'on en croit les rassemblements devant certaines écoles ou universités pour des filières sélectives, un certain nombre d'élèves et d'étudiants ont déjà commencé aussi. Il n'y a pas beaucoup de tels attroupements évidemment, certainement moins que les groupes de touristes qui s'agglutinent autour des lieux communs du tourisme de masse, mais c'est quand même appréciable de savoir qu'on ne travaille pas tout seul.

Enfin, on notera que les cons sont déjà revenus. A se demander même s'ils sont partis. C'est rassurant, quand même, de savoir que les grandes constantes de l'Humanité sont toujours fidèles au rendez-vous. Pendant l'été, les cons étaient un peu plus souriants et moins aigris, compte tenu d'un stress moins grand pour eux, mais ils n'en étaient pas moins cons. Vivement le 4 pour que tous deviennent plus stressés et plus aigris. Les sourires qu'on captera au hasard dans la foule n'en auront que plus de valeur...

L'actualité est morne. Le seul fait marquant, révélateur de la transformation radicale de la société française, est l'adoption par les Macron d'un chien noir à la SPA. A mon café du matin, on ne parlait que de Némo. Un chien de droite et de gauche, un croisement de chiens, un chien de la SPA, la Société Politiquement Aseptisée. Un vrai choix intelligent de communication, puisqu'à l'Elysée, même s'il y a un président, tous les yeux sont tournés vers la première dame et le premier chien. Personnellement, je regrette qu'on ne parle jamais du premier chat...