lundi 9 avril 2018

L'attaque du sperme rouge

Sourire à la lecture de cet article du Monde sur le "sperme rouge".

Irai-je de mes réflexions sur ce sujet hautement (ou bassement) politique ? Oserai-je ? Oui, allez, je me lance.

L'inné et l'acquis, vieux débat. Est-ce qu'en devenant un bon membre du parti communiste chinois, nos gênes sont modifiés et cette orthodoxie se transmet-elle à notre progéniture via nos spermatozoïdes ? La réponse scientifique est non, en occident, mais sait-on jamais, la médecine chinoise fait des merveilles et peut-être que contrairement aux fils de bourgeois qui lançaient des pavés il y a cinquante ans pour ne pas faire comme leurs pères, les chinois communistes font ils comme les paires de leurs pères les ont configurés ? Ce serait intéressant et un champ très prolifique pour les industriels, notamment ceux du numérique : imaginez un peu les enfants des fans d'Apple acheter automatiquement des Apple. Quelle manne !

L'eugénisme, qui consiste à ne garder que les individus jugés corrects, aptes et conformes à l'immoralité ambiante (cf Hitler par exemple) est un concept qui a vécu, mais dont la progéniture revient régulièrement dans l'actualité. Entre Trump qui rêve à des américains blonds, anglophones et chrétiens, et les chinois qui rêvent à une armée de clones de Xi, on est mal barrés, non ?

Vous remarquerez d'ailleurs qu'on parle ici de donneurs de sperme, donc de mâles. Les femelles ne servent donc visiblement pas à grand chose dans l'hérédité chinoise. Serait-ce pour contenter des vieux caciques du parti, incapables d'enfanter, afin de les récompenser par de beaux bébés aryens communistes ? Mes études en SVT sont lointaines mais je crois me souvenir que la femme joue un rôle dans l'héritage génétique.

Moi, je pense qu'il s'agit en fait de récompenser les cadres du parti (donc insoupçonnables, évidemment), surtout ceux en pleine possession de leurs forces intimes de conviction, en leur permettant d'aller (contre rémunération et lecture de journaux interdits ailleurs, avec des illustrations en couleur sur papier glacé pour durer plus longtemps) se masturber dans des banques capitalistes du sperme, après leurs dures journées de travail, comme les boutiques soviétiques réservées à la Nomenklatura de l'époque (avant Poutine évidemment). Ils sont payés (71 euros par don de soi, selon Le Monde toujours très bien informé). Est-ce plus cher qu'un acte sexuel illégal en Chine, je ne saurai dire. Un beau geste. On peut supposer, avec une telle annonce, que les donneurs potentiels de sperme pas tout-à-fait certains de leur qualité idéologique hésiteront à aller dans ces banques, de peur d'avoir à subir des tests déroutants et au risque de se faire mettre en taule s'ils ne réussissent pas à les passer.

La nouvelle annoncée a été retirée parce qu'un officier de censure s'est réveillé après le mauvais buzz créé par cette stupéfiante nouvelle. On ne saura donc pas comment mesurer la teneur en "haute qualité idéologique" des spermatozoïdes. On ne peut qu'imaginer... Imaginons alors des tests :
- utiliser un colorant, comme la fleur de cochinchine, pour détecter le sperme rouge dans un océan de sperme blanc (ou jaune).
- distiller les spermatozoïdes dans un tube à essai avec un filtre ne laissant passer que les objets communistes.
- installer une bifurcation avec un portrait de Xi et un portrait de Trump en face de chaque spermatozoïde, afin de ne prendre que ceux qui tournent vers le soleil levant.
- utiliser un boulier (évidemment) légèrement adapté
- n'utiliser que du sperme émis pendant que le donneur écoute de la musique militaire chinoise, sans image et mettre en prison tous les autres donneurs pervertis par l'imagerie occidentale nuisibles à la culture chinoise.
- mettre tous les lots dans les mêmes conditions climatiques identiques (l'air pollué de Pékin) et au bout de quinze jours n'utiliser que ceux qui ont survécu, car l'air est pur à Pékin pour ceux qui le croient et tant pis pour les autres.

On se moque, on se moque. Mais de telles dérives déontolo-idéologiques peuvent nous tomber dessus à tout moment, car les pressions politiques et financières sur les scientifiques sont telles que certains n'y résistent pas. Et pas qu'en Chine, n'est-ce pas ?

mercredi 4 avril 2018

Fable de l'usager qui se croyait un client

Il était une fois un groupe de quidams, chalands à leurs heures
Mais qui la plupart du temps passaient leur temps dans les transports :

Pour aller travailler
Pour revenir du travail
Pour commuter entre leurs domiciles éloignés
Pour aller faire des courses
Pour revenir des courses
Pour partir en mission ou en rendez-vous
Pour revenir de ces missions professionnelles
Pour partir en vacances ou en week-end
Pour en revenir
Ou pour des raisons inavouées et inavouables,
Dont le voyage pour le plaisir, le transport amoureux et j'en passe.

Survint la grande grève de 2018, là où c'est possible, à la SNCF. Ils essayèrent de trouver des moyens de transport. Pas facile. Se lever plus tôt ou partir la veille, rentrer plus tard ou le lendemain, ne pas bouger, prendre une RTT, oser des moyens alternatifs de transport... Ils lisaient les journaux locaux et l'Internet source de solutions (mais aussi de problèmes de vie privée).

On y parlait d'usagers, avec un r, pas d'usagés comme des déchets inutiles et bons à jeter, sortes de mouchoirs sales destinés simplement à polluer la planète dont tous les automobilistes se foutent (mais ce n'est évidemment pas leur faute, hein ?)...

Alors, le groupe de quidams se mit à rechercher la signification du mot usager. Il semblerait qu'on parle d'usager d'un service public et de client d'un service privé, ou même d'adhérent pour une personne membre d'une organisation (forcément privée). Les mythologies derrière ces mots, usager-client principalement, sont nombreuses et différentes selon les angles. Un service public, c'est, au sens matériel, une activité d'intérêt général, assurée sous le contrôle de la puissance publique, par un organisme (public ou privé) bénéficiant de prérogatives lui permettant d'en assurer la mission et les obligations (continuité, égalité, mutabilité) et relevant de ce fait d'un régime juridique spécifique (en France : le droit administratif)  Beaucoup de services rendus se targuent d'être des services publics quand ça les arrange et des services commerciaux le reste du temps. C'est le cas notamment dans le transport, où les frontières sont floues et où l'on confond souvent l'organique (l'organisation qui assure le service) et le matériel (le service rendu).

Le groupe de quidams s'interrogea sur les différents critères : service public, service du public, service directement ou indirectement du public, service pour lequel on n'a pas vraiment le choix du fournisseur ? Client qui a son mot à dire puisque c'est lui qui décide d'acheter (influencé quand même par le marketing commercial, politique ou syndical ? Consommateur qui utilise un service qui a été conçu et acheté par quelqu'un d'autre (comme une collectivité territoriale) ?

Et puis, les quidams se rappelèrent que la notion de client supposait de la part de ceux qui le servent une sorte de respect, voire une qualité de service. Lorsqu'un serveur dans un restaurant canadien se fait virer pour cause de service agressif et irrespectueux des clients, il ne trouve par exemple rien de mieux pour se justifier que d'expliquer qu'il est français (et donc que son irrespect est naturel, voire congénital). Maudits français, comme on dit au Québec ! Chaque endroit a ses traditions et sa culture, mais notre groupe de quidams est français et ça le fait rigoler, sauf quand il attend son train sur un quai bondé et devant des rails déserts.

La grève joue un rôle central dans notre système, en France, et tant mieux car c'est l'un des droits fondamentaux, parmi d'autres. C'est souvent le dernier moyen d'enclencher des négociations entre salariés et patrons, comme on dit. C'est parfois le premier, notamment dans les transports où l'usager d'un service public non assuré joue la variable d'ajustement. Il faut dire que c'est très efficace et que chacun est habitué à jouer sa partition avec une habitude certaine, après des années de répétitions bien orchestrées : les syndicats de salariés (cheminots ou pas) préparent les prochaines élections (à l'automne cette année) et cherchent à créer le plus possible de perturbations en coûtant le moins cher aux salariés, en jours de grève non payés ; les patrons ou l'entreprise - dans le cas de la SNCF, il y a les vrais patrons (Pepy et al.) et les patrons vrais (le gouvernement) - cherchent à assurer le plus possible de service y compris en minimisant les effets sur ce qu'ils appellent les clients ; les usagers/clients, justement, cherchent à utiliser d'autres solutions, à se plaindre ou à parler devant les micro-trottoirs de la presse ; la presse cherche des coupables et des histoires à monter en épingle, dès 6 heures du matin sur les quais. De toutes façons, tout se terminera autour de quelques tables de négociation, quels que soient les résultats de la grève.

Dans les transports, on parle de chaîne, au singulier. Au pluriel aussi de temps en temps, car nos pieds sont parfois lourds. Il suffit qu'un maillon soit faible pour que toute la chaîne soit fragilisée et un train, mine de rien, c'est un gros paquet de chaînes, du conducteur au contrôleur, en passant par la gare et les postes d'aiguillage, les ateliers de maintenance et le ménage, sans oublier la planification en amont et le service aux usagers/clients, ou les informaticiens chargés de créer des liens entre des tas de systèmes informatiques différents et qui ne communiquent pas toujours très bien (puisque même les contrôleurs disent passer par l'application mobile grand public pour en savoir au moins autant que les passagers).

Finalement, le groupe de quidams décida de faire comme avant, et advienne que pourra. Carpe diem. On verra bien. De toutes façons, les enjeux nous dépassent... etcétéra.

Ils décidèrent quand même de voter entre eux pour savoir s'ils étaient des usagers ou des clients, sachant que plusieurs étaient aussi adhérents (à des syndicats, des associations ou des groupes sur les réseaux sociaux). Les votes furent partagés à 50-50. Ils cherchèrent alors un quidam pris au hasard dans la rue pour les départager et ils tombèrent sur moi. Ils expliquèrent en long et en large leurs arguments, puis me laissèrent cinq minutes pour réfléchir.

Mais je n'avais pas le temps, j'avais un train à prendre et il n'y en avait pas d'autre après. Alors je les ai laissés là, Grosjean comme devant. J'ai souri, j'avoue, un peu jaune quand même (et malgré le fait que cela soit la couleur des briseurs de grève). Pourquoi serait-ce à moi de trancher un débat aussi vieux que le XIX° siècle ? Aujourd'hui je me sens surtout usager jetable et client jeté. Et je pense à tous ceux qui se sentent mal. Aujourd'hui et lorsque l'inéluctable concurrence privée arrivera, soit pour assurer un service public à des usagers éclairés, soit pour vendre de meilleurs services à des clients en demande, soit les deux. Dans très peu de temps.

Certains parlent d'ailleurs de voyageurs pour remplacer la dualité usager-client par leur objectif : voyager, tout simplement. On sent bien là une source de gêne dans les discours des uns et des autres, car il ne faut pas confondre l'être et le faire, le statut et les rôles. Mais c'est un sujet traditionnel d'amalgame que de confondre les concepts. On parle de PAX dans l'aérien par exemple pour résumer le mot "passagers", ceux qui ne font que passer et qui finalement ne sont donc pas importants, au point de voyager de temps en temps comme des paquets.

Toute fable doit se terminer par une morale comme disent les fabulistes. Alors ? Quelle morale proposez-vous ? Je vous propose celle-ci : Les conseilleurs ne sont pas les payeurs (1568)...

mardi 3 avril 2018

Premier Trois Avril

Monsieur le proviseur,

Je soussigné, (illisible), fils de Georges Lauteur, voudrais par la présente excuser mon père. En effet, il n’y a pas eu cette année de poisson d’avril sur ce blog. 

Je sais que c’est impardonnable, mais je voudrais cependant faire appel à votre grande mansuétude. 

Mon père a voulu exprimer plusieurs excuses et je vous laisse juge de leur importance, pour ma part, en bon fils, je me suis fait ma propre opinion :

- d’abord, cette année, le premier avril est tombé un dimanche. C’était tout à fait inattendu et imprévisible, même pour un bon statisticien comme mon père, lui qui prévoit pourtant toujours avec exactitude les noms des jours de la semaine. Il était naturellement impensable de poster un message un dimanche, puisque c’est jour de pêche dans la Seine, tant que c’est encore autorisé. Et comme vous le savez, la Seine fait beaucoup de méandres jusqu’à la Manche et malgré l’huile de coude mon père était trop fatigué pour écrire, sans oublier le fait que c’est interdit par le code du travail le dimanche. 

- ensuite, c’était le dimanche de Pâques et même, ô surprise, le lundi de Pâques le lendemain. Mon père a dû peindre tous ces œufs la veille et n’a pas eu le temps de préparer son poisson d’avril. Le lundi il a fallu aussi nettoyer tous les enfants, leurs vêtements et les canapés tachés avec la peinture de mauvaise qualité qui avait déteint. Vous comprenez bien que dans ces circonstances, il était humainement impossible de créer un tel poisson d’avril même pour un homme qui aime si poissonnément les poissons. 

- de plus, du fin fond de la Normandie, habituellement desservie par des trains en retard, il a fallu essayer d’organiser un rapatriement avec des trains absents et néanmoins bondés. Pas facile et assez prenant, alors même que la marée n’attend pas. Les poissons n’ont pas été livrés et ont dû être consommés sur place. Désolé pour vous, ils étaient très bons malgré le froid, mais nous étions couverts car comme dit notre grand-mère, en avril ne te découvre pas d’un fil de pêche. 

- enfin quelques problèmes techniques ont empêché mon père d’envoyer son poisson d’avril. D’abord son traitement de textes Office 364 a décidé de ne pas fonctionner justement ce jour-ci, puis le correcteur ortografique a parsemé le texte de fautes qu’il a fallu corriger une à une, en espérant toutes les avoir repérées, et le nouveau système de partage SharePoissont n’a pas pu s’enclencher malgré plusieurs tentatives d’hameçonnage. Enfin, l’Internet a décidé de router le message sur la base de la RFC 1149 (https://rfc1149.net/rfc1149.html) ce qui a légèrement augmenté le temps de transmission. 

Finalement, mon père m’a autorisé à vous dévoiler quand même le poisson d’avril auquel il avait pensé, mais qu’il n’a pu envoyer. Je vous le livre, il est un peu réchauffé mais garanti sans arêtes : en hommage aux 50 ans des événements de 1968, il n’y a pas de poisson d’avril cette année, ni sous les pavés, ni sur la plage, ni sur les rails entre les deux (puisqu’il n’y a pas non plus de train).

En vous remersciant, Monsieur le proviseur. 

vendredi 16 mars 2018

Métro, boulot, dodo, poésie ?

La RATP relance son concours annuel de poésie. Vous savez ? Ces petits textes qu'on voit affichés de temps en temps dans les rames, les bus ou sur les quais. Pourquoi pas vous ?

C'est limité à 14 lignes (de texte, pas de métro). Voici celui que j'ai déposé dans l'immense urne de la RATP qui berce nos matins et nos soirées avec sa douce ambiance rassurante et calme, pour nous les parisiens (non, je rigole).

Miam

Une étoile
Deux étoiles
Trois hachis parmentier
Quatre moutons du vernet
Cinq picasso de l'époque bleue
Six coquilles saint-jacques
Sept opéras au chocolat noir
Huit commerces de bouche
Neuf eaux de jasmin
Dix litres d'eau de javel pour nettoyer tout ça, après
Onze goncourt mémorables (mais pas pour moi)
Douze rennes en gelée
Et treize invités à la table de la gaité

Le métro me donne faim.


mercredi 14 mars 2018

DMDM 2018

Kézaco ?

DMDM = Dis Moi Dix Mots (sur tous les tons en 2018)

Comme chaque année à l'approche de la journée de la francophonie, le 20 mars, de la semaine de la francophonie et de la langue française en France (et du salon du Livre), les initiatives se multiplient, notamment autour des fameux dix mots. Les contraintes (amie des OuLiPiens) autour de ces dix mots sont variées. Allez voir ici pour découvrir plusieurs initiatives.

Cette année, les gagnants sont : Accent, Bagou, Griot(-te), Jactance, Ohé, Placoter, Susurrer, Truculent(-ente), Voix et Volubile.

Voici en tous cas ce que j'ai publié à cette occasion sur ce site. Et vous ?


Démonstration graphique
de l’utilité
des hyperliens
dans la littérature




Ohé Matelot ! Quand tu seras près du griot volubile qui susurre, puis crie sa jactance, avec son bagou et son accent, reste tranquille, arrête de placoter avec ta voisine, même si sa truculence et sa voix te plaisent. Écoute simplement !








Librement inspiré de ce vieux site, commis il y a longtemps, en remerciant Queneau et tous les producteurs de contenus sur l’Internet.



PS : Ce billet est posté en un jour très hypertextuel à l'infini : Pi-Day, le jour de Pi (3/14) anniversaire de la naissance d'Einstein et maintenant jour de la mort de Stephen Hawking, merveilleux scientifique. Nous ne sommes tous que des décimales dans le nombre Pi, mais il en était l'une des plus importantes...

mercredi 7 février 2018

Bruits parisiens et d'ailleurs

Ceci est un blog. Par définition, il contient du texte écrit, et aujourd'hui quelques photos. Il pourrait inclure un peu de vidéo ou de piste son, mais même à la radio il est très difficile de rendre compte de ce qui s'est passé ce matin à Paris.

D'abord les photos : hier 19h, hier 23h, ce matin 8h.




Rien de surprenant pour la plupart des gens, mais Paris est Paris et tout s'arrête lorsqu'il y a un peu de neige : pas de bus, très peu de voitures et des métros bondés à craquer, sans compter les annulations de trains. La neige tient mais devient évidemment de la gadoue (encore propre ce matin), en attendant les gelées attendues la nuit prochaine.

Mais là n'est pas l'important, pour qui sait ouvrir ses sens.

À Paris ce matin, ce sont les oreilles qu'il faut ouvrir. Circulation réduite ou même quasi absente y compris sur les grands axes comme le Boulevard Saint-Michel, quelques bruits de frottements de chaussures contre la neige et surtout cet étouffement caractéristique des pays de neige, cet emballage dans un coton soyeux de tous les bruits autour de nous. Un Paris silencieux et muré dans son propre mur matelassé. Un moment très rare et très poétique, osons le dire, puisqu'il s'agit simplement de la Nature et pas de la poésie de l'observateur qu'est chacun de nous.

Il faut profiter de ces instants à plein. Jusqu'au bout, car ils ne durent pas beaucoup plus longtemps que la vie d'une rose (blanche).

Beaucoup de gens seront absents ou en retard. Ils pourront profiter à plein de cette journée mondiale pour un Internet plus sûr en surfant de chez eux ou de leur voiture coincée dans la neige s'il leur reste du jus. Ils pourront notamment revoir le lancement réussi (et presque parfait) de la grosse fusée de SpaceX d'Elon Musk, hier soir. Un exploit technique comme on n'en avait plus vu depuis les fusées Apollo des années 70 (nostalgie). Deux photos : Apollo et le cabriolet rouge qui tourne depuis hiers autour de la Terre, avec des airs du Starman de Bowie. Quand la Science a de l'humour (et du marketing mais aussi de la poésie), tout cela dans le grand silence de l'espace et du vide.


mercredi 24 janvier 2018

Spécial Davos : message aux riches

Être c'est faire, ou faire c'est être ? Platon ou Socrate ?

Les vieux philosophes ne sont pas à la mode à Davos, où l'on célèbre le pouvoir, la richesse extérieure (comme dit Geluck à travers son Chat, il y a peu de signes extérieurs de richesse intérieure) et les apparences people du contrôle des masses.

Chaque année, à la même période, Davos rassemble le gratin des décideurs, sélectionnés sur invitation et par le montant élevé de la participation, entre les droits d'inscription, les voyages les hébergements et les frais administratifs pour organiser le mieux possible les rendez-vous de réseautage. Le thème de cette année est très instructif : "Créer un avenir commun dans un monde fracturé", prière de ne pas rigoler, le sens de l'humour n'est pas ce qui caractérise le mieux le pouvoir.

Recoller les morceaux dans un monde fracturé à dessein est une illusion. Il s'agit plutôt, en fait, de mieux exploiter les fractures pour en tirer profit, à coup de disruptions ou de changements profonds, mais sans aller jusqu'à la Révolution avec une majuscule, ils ne sont pas fous quand même. Le pouvoir comporte des droits et des devoirs, une double expression souvent cachée derrière le mot responsabilité. Vous vous souvenez peut-être du "responsable mais pas coupable" de Georgina Dufoix, qui permet de limiter les devoirs tout en gardant les mêmes droits. A Davos, l'exercice sera simple : parler d'avenir commun en ne disant pas à qui on s'adresse, tout en essayant d'exploiter au mieux les fractures actuelles des sociétés diverses qui parcourent le monde. Ceux qui rêvent en pensant à une illustration de ces mots voient ceci : l'or (des riches) sauvant le monde des pauvres (tasses)

Les autres voient plutôt ça : l'exploitation minière (des riches) fracturant les glaces des pôles (et des pauvres)

Il ne s'agit pas d'être angélique et surtout pas à propos de Davos. Pour moi, ce week-end, ce ne sera pas Davos mais Angoulême et ses bulles à regarder plutôt que boire. Heureusement il reste l'art et la création sous toutes ses formes.

A Davos, on parlera beaucoup des femmes cette année, sans compter le nombre de femmes, toujours aussi peu présentes malgré une "Direction" affichée comme uniquement composée de femmes. On ne parlera évidemment pas de harcèlement ni des méchants qui abuseraient de leur pouvoir sur de pauvres femmes, cela serait malpoli. On parlera donc beaucoup des femmes, partiellement, mais que se passera-t-il concrètement ? Y aura-t-il un #balancetonchef ?

A propos de fractures, il y en a tellement qu'il va falloir choisir lesquelles combattre et lesquels renforcer, car il semble impossible de toutes les résoudre à la fois. L'art du politique (et du pouvoir) est de déplacer la bataille sur un terrain favorable. C'est Sun Tzu qui en a parlé le premier dans l'art de la guerre, puis Machiavel.

Un homme de pouvoir a donc une tâche simple : choisir le terrain d'une fracture qui ne le gêne pas et sur lequel cela ne pose pas de problème de parler (sans agir) ; ainsi il évite de parler ou d'agir sur les fractures dont il est responsable (mais pas coupable, hein ?).

Davos c'est simple, donc. Pas besoin de philosophe pour cela... Bon séjour !

lundi 15 janvier 2018

Les attaques contre les femmes.

Sujet délicat mais incontournable : les attaques contre les femmes.

Par attaques, j'entends tout ce qui se rattache au harcèlement sexuel (récurrent), aux violences sexuelles (du viol aux frotteurs), aux agressions sexuelles même verbales ou par le biais de lettres anonymes, et de manière générale à tout ce qui est ressenti comme violence par une femme contre son état de femme. Il s'agit d'une définition large, appuyée sur le ressenti. Elle exclut donc tout ce qui est du désir partagé, même si la frontière est floue puisque la violence est tout autour de nous, sous plein de formes différentes, y compris sociales. Elle exclut l'amour, puisque l'amour exclut la violence. Les violences par amour partagé peuvent être une partie de l'amour, si le coeur vous en dit, ou en être exclues si au contraire le coeur ne vous en dit pas. C'est un débat universel mais qui se décline différemment selon les cultures, les religions, les traditions et l'historique national. Aux USA ou en France, ce n'est pas le même, car les priorités sont différentes et c'est encore plus vrai dans les pays en crise où les plus faibles (donc les femmes et les enfants) souffrent le plus.

Par femmes, j'entends les femmes/filles de tous âges et de toutes conditions, dans toutes les circonstances. Quelle que soit l'état de force ou de faiblesse. Evidemment, tout ceci est transposable à d'autres schémas que la relation femme-homme, et s'applique à d'autres mélanges LGBT ou simplement humains. Mais dans le contexte du débat actuel, de #metoo, #balancetonporc, la tribune de Deneuve et consorts, les contre-tribunes, la contre-lettre de Deneuve et les déclarations intempestives et scandaleuses de certaines (et certains), le débat est déjà suffisamment riche pour se contenter pour le moment de cette question.

Je suis un homme. Heureux en amour. Cela ne m'ôte pas le droit de penser, d'agir ou de parler. En parlant je prends le risque de ne pas me faire comprendre, y compris des femmes que j'aime et côtoie. Cela dit, je ne peux pas ne pas écrire quelques mots. C'est une question trop importante.

L'histoire du féminisme, en France principalement, est riche de rebondissements et de crises. Il y a eu des périodes héroïques et des périodes de calme, voire même de régression comme depuis un grand nombre d'années. Les aspects politiques et sociaux interfèrent avec les aspects personnels, comme dans tous les domaines où la liberté est en jeu. Mais quand les deux se rejoignent et touchent à la substance même de notre être, il y a de multiples dangers d'amalgames. Un homme standard, relativement éduqué et ayant une place dans la société se sent automatiquement mieux dans sa peau qu'une femme exactement dans la même situation, qu'il s'en rende compte ou pas. Comprendre cette différence, non liée à l'état homme-femme, mais à la manière dont la société nous éduque, nous moule, nous contre-moule, est essentiel. Faire comme si cela n'existait pas n'empêche pas de vivre, bien sûr, mais cela nous interdit d'agir pour faire évoluer la situation, comme si c'était une fatalité ou un non-sujet.

Imaginez une situation d'attaque, quelle que soit sa forme. Imaginez-vous être à la place d'un des acteurs du drame (la femme, l'homme, le témoin passif, l'intervenant actif, l'autorité...) à des moments différents (avant, juste avant, pendant, juste après, longtemps après...) et avec des états d'esprit différents (fragile, fort, dragueur, salaud, effrayé, lâche...)  Essayez honnêtement de ressentir ces différents points de vue. C'est un abîme, non ? La réalité est toujours plus complexe qu'un geste ou qu'une parole simple. Toujours.

La paradoxe du débat actuel, lancé rappelons-le par des stars américaines à qui rien ne manque, c'est qu'il peut relancer une vague anti-féminisme, anti-femmes même.

Anti-féminisme, car il y a pleins de courants qui traversent ce débat et les contre-articles se succèdent de manière effrayante en ce moment, chacun jugeant à visage découvert n'importe quelle prise de parole (quand on est connu) ou de manière anonyme sur les réseaux sociaux (pour la grande tribu des trolls et autres excités par l'Internet et le quart d'heure de gloire) : comment discerner le témoignage de la fake news ? Le féminisme est encore d'actualité aujourd'hui, mais ce n'est pas en y allant en ordre dispersé que des progrès seront faits, je crois. Anti-femmes aussi, car les petits et gros cons profiteront de tous les dérapages pour se saisir de nouveaux arguments, de toutes les petites phrases pour les détournement.

Que faire, à part parler ? Agir.

Agir chacun dans son coin, déjà. A chaque occasion de témoigner ou d'intervenir, à chaque occasion d'éduquer, de montrer par l'exemple et avec élégance ou simplement un sourire. Aller discuter avec les gros cons même au risque de se prendre un pain dans la gueule.  Agir ensemble si on se sent l'âme militante ou politique.

Je prône souvent ici la richesse de la diversité, l'importance des autres pour nous-mêmes et la recherche du bonheur pour soi et celles et ceux qu'on aime. Pourquoi ne pas l'appliquer aussi aux femmes, cette écoute (qu'on appelle aujourd'hui bienveillance, mot à la mode) ?

Je sais qu'il n'y a pas souvent des commentaires sur ce blog, mais s'il y en a sur ce billet, merci de rester positif.

lundi 8 janvier 2018

Début

Oui, évidemment,

C'est le premier billet de l'année et c'est l'occasion de vous souhaiter plein de bonnes choses, surtout de bonnes surprises, car qui a envie de voir les mêmes choses se reproduire jour après jour. Les voeux traditionnels tournent dans toutes les têtes et chacun essaye d'y mettre un grain de sel personnel, au-delà du "bonne santé" qui reste le fond de commerce le plus fréquent.

Oui, évidemment,

C'est l'année 2018 et il y a toutes sortes événements prévus et anticipés, du Mondial de foot en Russie avec justement la Russie de Poutine déclarée vainqueur quoi qu'il arrive, au Tour de France avec un Froome dopé à mort mais c'est légal puisqu'il est bien connu que les asthmatiques sont tous des sportifs de haut niveau. Au niveau politique, pas d'élection en France mais la préparation de 2019, une année de réformes donc pour Macron et de belles manifs dans la rue, pendant que les allemands se cherchent un gouvernement d'union et que les syndicats y demandent la semaine de 28 heures dans certains branches. Au niveau financier, c'est la dernière année avant l'impôt à la source, un bonne année pour gagner plus, mais pas trop quand même. Au niveau culturel, une année blanche puisqu'il n'y aura ni Star Wars ni Game of Thrones, what else ? Il y aura des morts parmi les célébrités et beaucoup plus encore parmi celles et ceux qui ne sont pas célèbres. France Gall a donné le La, elle l'a.

Oui, évidemment,

C'est 2018 et ce blog s'appelle toujours 2012 à 2017, cela ne vous aura pas échappé. Pas grave. Pourquoi s'arrêter quand on aime et pourquoi changer une équipe qui gagne ? Conçu initialement comme le blog quotidien du quinquennat de François Hollande (vous vous souvenez ? C'était le président avant Macron), ce blog s'est déjà émancipé au printemps en changeant de rythme avec l'arrivée des bourgeons frais du marcionisme peuplier. En 2018, il continuera à son rythme, plus lent, mais peut-être plus pertinent (???) et avec de plus en plus de nouvelles écrites pour mon plaisir et le vôtre.

Oui évidemment,

C'est le moment des voeux pour celles et ceux que j'aime. Pour tous, avec un sentiment de décollage, de surprise, comme je le disais plus haut. De bonnes surprises, naturellement. Et c'est surtout le bon moment pour souhaiter publiquement une excellente année à la femme que j'aime, ensemble.

Oui, évidemment !